pour d’autres raisons

Hiver à Stalingrad, 1943, les jours instables et retours d'insomnies
jours instables et retour d’insomnies

Comment s’étendre le lendemain sur une idée dont on s’était occupé la veille ? — Après n’importe quelle nuit, on n’est plus le même, et c’est tricher que de jouer la farce de la continuité. — Le fragment, genre décevant sans doute, bien que seul honnête.  (Cioran, Écartèlement, Œuvres, Gal. coll. « Quarto » p. 1495.)

« Pourquoi des fragments ? » me reprochait ce jeune philosophe. — « Par paresse, par frivolité, par dégoût, mais aussi pour d’autres raisons… » — Et comme je n’en trouvais aucune, je me lançai dans des explications prolixes qui lui parurent sérieuses et qui finirent par le convaincre.  (Cioran, Aveux et anathèmes, Œuvres, Gal. coll. « Quarto »p. 1723)

largué

Ce n’est plus l’homme qui largue ses amarres, c’est le monde lui-même, la barque laissée derrière soi, la mer presque retirée, aspirant les désirs océaniques d’une autre vie où tu aurais pu rêver avoir marché sur l’eau ; tu réalises que l’inutilité fut luxe et don primordiale, soutien à la légèreté de l’air. Désormais tu traverses la mer, tu as pied, des îlots de sable affleurent comme des galettes sèches tombées d’un soleil ancien, tu les prends pour bivouacs et pour couche, le ciel est aride, tes rêves ne s’inclinent plus que sur le passé. Les animaux que tu avais croisé sont méconnaissables, leurs formes se mêlent aux ombres sans limite distincte. Leur mépris t’interdit de les approcher.

.

Et puis il y a les mouches. La première ce matin aux ailes faiblardes par cercles relâchés me tourne autour, entêtée, aimantée. Je me bats à la chasser d’un revers de main qu’elle ignore, mes nerfs s’excitent, je l’attrape et la lance depuis la fenêtre dans la pluie chaude rejoindre la dernière mouche vue cet hiver, fatiguée, lourdement tombée dans l’atmosphère gelée.

.

.

Cahuzac par Emil Michel Cioran

FOLEY_1991__Cioran Nous sommes tous au fond d'un enfer dont chaque instant est un miracle« Ma curiosité et ma répulsion, ma terreur aussi devant son regard d’huile et de métal, devant son obséquiosité, sa ruse sans vernis, son hypocrisie étrangement non voilée, ses continuelles et évidentes dissimulations, devant ce mélange de canaille et de fou. Imposture et infamie en pleine lumière. Son insincérité est perceptible dans tous ses gestes, dans toutes ses paroles. Le mot n’est pas exact, car être insincère c’est cacher la vérité, c’est la connaître, mais en lui nulle trace, nulle idée, nul soupçon de vérité, ni de mensonge d’ailleurs, rien, sinon une âpreté immonde, une démence intéressée… »

Cioran, De l’inconvénient d’être né, p 60

vitamines

    CIORAN UNE ANTHOLOGIE   De l’inconvénient d’être né /

    Syllogismes de l’amertume / La chute dans le temps (extrait).

__________________________________________

   L’AUTRE MOI-MÊME,  Conférence avec Antonio R. DAMASIO (vidéo, 1h55)