moi François Hollande

Jusqu’alors je me France, je me Français, je suis François Hollande, j’emporte les tunnels au fond de ma Citroën DS5, j’emprunte le tunnel du lac supérieur, je fends ses murs vierges, ses ondes de chaleur du temps, les élections m’ignorent, j’efface les sondages, je dépeopolise à tout va, des points lumineux glissent sous le ciel bleu nidifié qui m’attend, m’attendait, une grande âme blanche floconne encore le ciel, je suis la France, moi seul le peut, j’étais seul et unique à porter le possible, je ne peux pas être un autre, ni hier ni maintenant, il m’arrive de glisser, je n’ai pas de corps, j’ai la mission de vivre sans inconscient, j’ai juré et m’en suis privé (ne me demandez pas pourquoi) moi seul condamné au dernier mot, au plus proche de l’avenir, ses soupirs, ses extases, sa prison.

Rapidement Moi Lui Hollande président ai pris de la hauteur, j’ai endossé les costards à chef d’état, j’imagine qui être, mon obsession de la vitesse, d’emballer, le rêve vient lentement juste quand je me réveille, je cours la journée dans ses cachettes vides. Être là-devant quand tout le monde perdu.

Homme de poigne légère et de ruse aiguisée, ça fait une drôle de gueule, un amoureux léger et important des femmes, mais quelque fois le soir se dit-il quelqu’un de louche j’ai peur. Escroc par gentillesse de feindre de mieux savoir, d’être avant les autres à leur servir la solution toute faite, l’arrangement attendu de la bande. Serviteur qui n’aurait qu’un seul langage, incarnant la justice et dès lors assumant, bouclier de n’importe quoi et du chaos, le temps du pouvoir devient long. Adieux gênés et soulagés au socialisme, au socialisme achevé, on aura décidément jamais su ce que c’était, et puisque tout part se fait tard on se fera philosophe aux petites heures repentantes, rampantes de la barbarie.

s’en aller

Les conseils d’administration n’ont jamais pris ces routes des mortes colonies; plutôt que de les prendre, s’il le fallait un jour, s’il le fallait vraiment, ils les survoleraient, plutôt, au-dessus d’une pluie de bombes. Effacer une dernière fois. Sur la carlingue du ciel sont peintes les âmes animales. Les fleuves serpentent, noircissent les signes, noient les étoiles. La vitesse creuse, elle laisse derrière soi une distance nuageuse, un nuage de vertige. Nos rêves anciens de pierre d’impossible abandon.

8. Novembre 2011 II par Filterkaffee

lettre filmée (Godard)

De Jean-Luc GODARD à Gilles Jacob et Thierry Frémaux

le chien, notre universel interprète 
le chien, notre universel interprète

massacrant

Aux messes d’enterrement c’est la vie qu’on enterre, on oublie la mort, la morte, on ne peut pas on se condamne, derrière au ciel feu le pape, un rideau de fer couvert de fleurs, on ose pas ouvrir les parapluies, on se sent chair enlacée et nouée dans un ornement, on a le vent qui nous étouffe, on ne voit pas d’où il souffle, les vitraux ont souffert de la grêle, on attend que la pluie passe on se casse on la fend, retour massacrant.

produire le temps réel

L’ordre ici-bas ? immuable, statique, encerclement pyramidal, un gardiennage de l’univers, enchaînement parfait des privilèges. Dans la cour de l’immeuble la vie file, nous dormons travaillons à répondre au règlement défini selon catégorie, nous visitons saluons traversons les bureaux, nous faisons des progrès de long en large, nous sommes au coeur du projet en compagnie de proches intercesseurs de part et d’autres écrans, pleins d’allant, le tunnel ouvrage l’horizon. Par la trappe à oxygène des équipes de chercheurs s’affairent nuit et jour aux réglages, aux partitions, aux focales complexes et qui remontent au temps la livraison du monde réel, simplifié fluidifié, interminable, en toute transparence : l’homme ébloui est une mine d’or.

à partir de peu de confort ou de surprises , Arkansas, 1973, Eugene Richards

revenir ?

« Plus qu’il n’en aurait fallu » m’a t-on dit, sans rien leur avoir dit pourtant: j’ai donc « mis du temps pour rentrer ». On m’accueillit comme si j’avais toujours été là, accueillir pas vraiment en fait, on ne fit pas attention à moi ce qui maintes fois vérifié me réjouit.

D’abord je ne savais pas que ce lieu existait, ni à fortiori où c’était. Je me suis mis en route avec aucune idée de là où je serais embarqué, donc sans même savoir être embarqué. Par fatigue mes représentations erronées tombaient toutes seules, à la rescousse des plans assurés me conduire, abandonnés entre deux nuits puisqu’à force je ne savais m’y repérer. Puis un jour je suis tombé dessus, le nez contre. J’ai pensé un peu plus tard que ce put être tout aussi bien ailleurs, mais c’était là, sans aucun doute, avec tout le paysage des plaines sans voitures ni personnes. Comme j’ai tourné autour, qu’il n’y avait qu’un chien et que je croyais entendre tout le monde qui me disait d’y aller, sans être sûr je savais me rapprocher de quelque chose, je suis entré. À l’intérieur toutes les étapes du chemin se sont représentées, peu ou prou, avec chaque fois le sentiment que la prochaine n’emprunterait pas l’ordre de succession précédent, je veux dire en particulier pour le dernier, celui qui en définitive m’avait conduit à entrer, à justifier ce long effort. Par conséquent, par principe, j’avais du mal à l’admettre, j’y étais. Il faut dire, au crédit de ce nouveau lieu, que c’était tout de même plus facile, que le parcours avait été nettement, très nettement raccourci, ses langueurs, ses entours. Et du coup je recevais le temps d’embrasser plus loin du regard ce qui attendait, peut-être ce qu’il y avait à gagner, le sentiment d’en finir plus vite. À l’horizon échu coulait la nostalgie. Un mirage ? Des nones nurses accouraient à mes tristesses de chevet et prenaient sur elles berçant mon abstinence. Des gobelets derrière une vitre nous était servis, un nuage bleu à lourdeur de mercure fondait dans la bouche. Au bout de la pièce les miroirs étaient couverts d’un drap intouchable desquels on redoutait les propriétés immatérielles tranchantes. Peut-être de simples fleurs des champs près de la fenêtre auraient suffi.

S’il me prenait des résolutions d’avancer par moi-même la porte de sortie restait introuvable : juste la porte d’entrée ouvrant sur un intérieur dupliqué, avec d’autres croisements, passant à travers les murs. La sensation que quelqu’un jouait un tour et te tirait par derrière n’était pas grave, un simple revers de main l’écartait, « surtout n’y prend garde » disais-tu, tu n’avais jamais été très loin, mais toujours où tu avais voulu, jamais ce que tu t’étais imaginé, jamais tu te serais imaginé là, prisonnier, sans y être.

Aislinn Leggett