ralentissez, rien ne va vous sauver

David Sylvian – Where’s Your Gravity

A Smoggy Day in Old L.A

“Deliverance” Llyn Foulkes, 2007 -- “He’s not even a real mouse / he’s that rat that lives in your house.”
“He’s not even a real mouse / he’s that rat that lives in your house.” “Deliverance” – Llyn Foulkes, 2007

Homme orchestre, chanteur de paysage embrumé, Llyn Foulkes conduit son tacot The Machine, assemblage de batteries, tambours, cymbales, de cloches de vache, d’un glockenspiel, de cornets poire et cornes de brume, pied de nez au pif et la barbe des Mickey’s.

météo du vent

Ce matin la météo signalait un défilement de nuages, un temps d’orage puis, de faibles averses, des courtes éclaircies, des vents forts et pluies en rafales — jusqu’au soir, puis calme et douceur. La radio n’avait pas prévu une succession et un ménage de cieux déferlants si mal agencés. Surpris comme tout le monde, nous nous regardions en chiens de faïence tirant têtus des humeurs noires sous cette pluie lourde et froide qui se répétait entre chaque orage apprécié quand on croyait de loin l’éclaircie, ses éclairs de nuit rageuse — tu as vu partir en aquaplaning deux voitures qui t’avaient dépassé et tu te demandes pas comment tu as fait pour traverser entre les débris qui volaient, glissaient sur l’eau, tu te souviens pas de tes pneus trop lisses. Mais le soir il faisait beau, beau et froid, du banc on voyait sur un panneau indiquée la présence d’un magasin monastique, de petits panneaux blancs plantés au sol fléchaient le chemin sous des arbres centenaires parmi les petits cailloux blancs de toute éternité, petit morceau de paradis entêtant qui se passerait bien des hommes. Il pensa aussi qu’une histoire telle le ciel d’un jour, arrive là, ou ailleurs, comme le vent : l’histoire est un grand râteau édenté manié par un bourreau au nez rouge.

activité bocagère du vent à l'ombre dormante d'une oasis
activité bocagère du vent à l’ombre dormante d’une oasis

 

boue d’éclat lunaire

Alors que Tchouang-Tseu pêchait à la ligne dans la rivière P’ou, le roi de Tch’ou envoya deux de ses grands officiers pour lui faire des avances.

« Notre prince, lui dirent-ils, désirerait vous confier la charge de son territoire. » Sans relever sa ligne, sans même tourner la tête, Tchouang-Tseu leur dit :

« J’ai entendu dire qu’il y a à Tch’ou une tortue sacrée morte depuis trois mille ans. Votre roi conserve sa carapace dans un panier enveloppé d’un linge, dans le haut du temple de ses ancêtres. Dites-moi si cette tortue aurait préféré vivre en traînant sa queue dans la boue ?

—            Elle aurait préféré vivre en traînant sa queue dans la boue, dirent les deux officiers.

—            Allez-vous-en ! dit Tchouang-Tseu, je préfère moi aussi traîner ma queue dans la boue.

Chapitre XVII du Tchouang-tseu (traduction Liou Kia-hway)