sans suite 37

 

la chaleur enveloppe son dos, à l’arrêt il relève la tête // dans le ciel un bruit double, l’onde des hélices d’un vieil avion à chaque bout d’un arc // l’air glisse, une buse tourne juste au-dessus, une autre buse va-et-vient et délivre à vue de nez une ligne d’horizon parfaite // avant l’orage le vent enveloppe le corps comme la mer, les maïs tanguent et le sifflement strident d’un oiseau en piqué // le temps en abondance, le corps de vent, pas d’arrêt pour commencer // loué soit le vent en rafales, personne n’encombre

 

SANS SUITE 36

 

L’iconoclaste audacieux osa libérer les fantômes. Nous les attendions.

Il leur avait retiré le visage, à lui-même ce fut son corps.

L’imposteur contrarié par son visage qu’il considérait n’être pas le sien.

À force d’être sincère, authentique, bref lui-même, son visage a pris une drôle de tournure qui donnait envie de détaler.

Le miroir l’habitue, calée son histoire supporte son silence et son anonymat.

Depuis qu’il ne voit plus, ses gestes sont plus amples, excessifs, de plus en plus amples face au silence de tout le monde disparu.

Sourd et aveugle, c’est le meilleur orateur.

A deux doigts de soupçonner qu’ils croient à ce qu’ils disent, qu’ils font ce qu’ils nous disent de croire, à deux doigts de leur donner tes bras ballants.

Avec le soin d’un barbare, longtemps il a cherché une réglementation morale pour encadrer les danses. Un pas de danse qui agrandit les mailles ou des personnes ivres de reflets et les couleurs qui baillent.

SANS SUITE 35

 

S’ennuyer, épuisé dans ce coin trop vaste, s’obséder à découvrir autre chose, au-dessus d’une toupie dessinant des sortes de ∞ à la croisée d’un trou.

Se pencher, toucher le centre, le disperser. Le seul centre du cercle est celui que tu traces ; puis tu le troues, afin d’en sortir.

Au fond du gouffre la lumière tombait sur une mer de vase étale parfaitement immobile.

Événements du jour, les fleurs poussent dans le torrent, les planeurs s’écrasent, l’architecte construit des ruines.

Pas la moindre brise, sur l’étang parfaitement plat sa barque s’est pourtant fracassée contre un rocher, à quoi tient le destin ?

SANS SUITE 34

 

Aveugle à la fenêtre, las du monde que seul le monde sauve. Les lourdes tombes triomphales, les bafouilleurs en soutane. Ordonner la mémoire, la pauvre qui tient encore, gravir les érosions se perdre dans les strates, continuer à l’envi un à un les souvenirs ramassés, les faire à sa main, si possible abandonner très vite, faire de l’oubli l’allié, le plat désert des vertiges.

D’autres fois glisser dans les souvenirs, présent qui balance et s’égalise, longtemps sans le moindre mouvement, s’être égaré dans le futur.

Vus d’avion des corps au sol suspendus, dans le trou du présent, attendent.

Ne plus aller voir les chevaux la nuit, relâcher son corps, le voir gonfler jusqu’à l’heure du couché.

SANS SUITE 33

 

Les constructions complexes n’offrent qu’un rare instant de recul, un bref effet de vision tout autre la fois d’après, une échappée, il faut être emporté. D’où nous sommes nous l’entrevoyons plus tard, pataugeant dans des prouesses barbares. Le répit nous inviterait à fuir, mais c’est impossible. Propulsés ensuite dans les abîmes les plus lourds.

Dans la pagaille les déconstructeurs foutent mal à l’aise. Embouteillages monstres aux sorties de secours.

Quant au fond, surveilles bien les entrées, les portes ont été fracassées.

Exercices de liberté dans la grande pagaille du troupeau. La logique floue est conseillée.

Entre otages nous nous regardions sans rien en dire.

Mis bout à bout ça ne fait qu’un bout borgne, les fissures du miroir à trois faces prolongent l’illusion.

 

SANS SUITE 32

 

Des points de vue qui ne coïncident pas, des lointains qui tremblent, des délais d’attente toujours plus longs, des considérations sur tout et rien et des réponses dont on se passe.

Se laisser descendre, s’enfoncer un peu dans la terre, ouvrir l’angle à hauteur des yeux, incroyable comme ce qui bouge peut disparaître.

Le monde se passe de nous, l’inverse est impossible, cosmogones d’un toujours plus lointain embarqués, d’un organe embarqué.

À terre, porté vers l’espace, il se sacrifie à la voie invasive du bruit, son plus court et direct accès.

La distance prise est si grande que le flux s’est augmenté de segments et courts-circuits. Une si grande distance que tout apparaît de carton-pâte jusqu’à ton emmurement.

Derrière et maintenant devant galopent deux jeunes joggeuses, la calèche a disparu. Surface lisse où dix milles idées à la seconde l’une plus débile que l’autre on se demande comment.

Il pleut, des gouttes glissent, des images de personnes faisant exprès d’être comme elles sont que personne n’aime.

Bonheur d’être promené aux éventuels confins d’une conscience dépaysée et fort dépourvue, là se trouvent nos limites où nous pensions, à s’être aventuré si loin ou ailleurs, ne plus avoir à s’arrêter. Le sable des châteaux glisse une seconde fois entre les doigts.