c’est là

Après avoir galéré, avoir été largué, avoir vogué, être descendu de la montagne, après avoir peigné son âne harassé du chemin insensé. D’un couvre chef blanc fringué d’un perfecto fatigué, arrivé enfin.

« Rappelons-nous aussi que jamais une idée, si souple que nous l’ayons faite, n’aura la même souplesse que les choses. Soyons donc prêts à l’abandonner pour une autre, qui serrera l’expérience de plus près encore.» Henri Bergson «La philosophie de Claude Bernard»

 «feindre pour un instant que nous ne connaissions rien (…) Me voici donc en présence d’images, au sens le plus vague que l’on puisse prendre ce mot, images perçues quand j’ouvre mes sens, inaperçues quand je les ferme. » Henri Bergson « Matière et mémoire. Essai sur la relation du corps à l’esprit » [1896] p. 169-170.

« Un brin d’herbe ne ressemble pas plus à un autre brin d’herbe qu’un Raphaël à un Rembrandt. » Henri Bergson « Le possible et le réel » [1930], La pensée et le mouvant, p. 1343.

caserne du management

« Mère Ubu, tu es bien laide aujourd’hui. Est-ce parce que nous avons du monde ? »  Ailleurs et autrement, Annie Le Brun, Arcades/ Gallimard, 2011.
-Début du film « Dominium Mundi » ( « Propriété du Monde » ou   « Seigneurie sur le Monde » ).
L’« anonymat des voix qui parlent et la mise au silence des voix qui parlent sont au programme de tous les systèmes » . P. Legendre. L’empire de la vérité. Introduction aux espaces dogmatiques industriels, p. 120,  Fayard, 
« Il m’arrive de définir les institutions comme le lieu où tout le monde vient pour s’y mentir à l’aise. Cela n’est ni de l’humour ni une mince formule. Tous les systèmes d’institutions sont construits sur cette certitude : ça ment ». Cf. Leçon II.  Ibid. p. 203.

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          Les nouvelles servitudes volontaires, Annie Lebrun.
                  « Il canto sospeso » di Luigi Nono. Claudio Abbado, 1956.

sable à vendre

Je serais incapable d’écrire un polar, c’est un souci, non pas de ne pas en écrire, mais cette incapacité qui renvoie à une impossibilité première qui est de raconter une histoire. Une gêne à rapporter; l’autre jour encore le ciel étoilé que S. me détaille, je n’arrive pas à suivre : regarder le ciel m’est incroyable, le vide entre étoiles produit des blancs où elles basculent. Avant de m’endormir quand la fatigue déjà bien avancée et profonde m’a privé de mains et de paroles, les histoires se présentent. Me recouchant à trois heures cette nuit une histoire s’est livrée d’une traite : un homme est allongé, raide, plié sur le trottoir de l’avenue Montaigne. Ses papiers d’identité sont faux, son vrai nom usurpé par un sosie. Une histoire n’intéresse que par son effet de vérité, de vraisemblable, nous sommes à ses leviers les moins difficiles ; en bon dilettante la visite du passé se fait en un éclair, bouger les pierres du mur, croiser l’archer avant que la flèche s’envole, toucher du temps qui y rappelle. Indications, bifurcations. Encore Bergson: « Traiter le temps comme variable indépendante ».

une lourdeur le lestait

« Je regardais le ciel quand je vis un nuage transparent, très particulier – une lourdeur le lestait. » Kenzaburô Ôé.

Fukushima – Focus sur le réacteur n° 4

Mitsuhei Murata, ex-ambassadeur du Japon en Suisse et au Sénégal, annonce une possible fin des temps. 

S’exprimant lors d’une audience publique de la commission budgétaire de la Chambre des Conseillers, le 22 Mars dernier, Murata avertit que « si le bâtiment endommagé de l’unité 4 – avec 1.535 barres de combustible usé suspendues dans la piscine à 30 mètres au-dessus du sol – s’effondre, non seulement il provoquera un arrêt des six autres réacteurs, mais affectera aussi la piscine de combustible usé contenant 6,375 commune barres de combustible, situé à quelque 50 mètres du réacteur n°4. »

Des deux côtés, les barres ne sont pas protégées d’une enceinte de confinement (…) Ce serait une catastrophe mondiale comme nous n’en avons jamais connu (…) responsabilité incommensurable du Japon à l’égard du reste du monde. Une telle catastrophe durerait des siècles. Le nombre total des barres de combustible irradié sur le site de Fukushima Daiichi est de 11 421 (à l’exclusion des tiges dans la cuve sous pression).

Matsumura s’est adressé à Robert Alvarez, spécialiste du désarmement nucléaire à l’Institute for Policy Studies de Washington, ancien conseiller énergétique de l’administration Clinton et d’industriels (Areva, EDF) pour réfléchir au moyen d’éviter la catastrophe. Il rapporte les points suivants ; (…) Contenir le rayonnement de l’installation paralysée ne sera pas un mince exploit. Le combustible irradié ne peut être simplement soulevé dans les airs par une grue comme s’il s’agissait d’une routine. Afin de s’assurer contre le risque d’une exposition sévère aux rayonnements, ou d’incendies et d’explosions possibles, il doit être transféré en tout temps dans de l’eau et placé des structures fortement blindées en fûts secs (…) Les 11,138 assemblages de combustibles usés stockés sur l’usine de Fukushima contiennent  » 134 millions de curies de césium-137 – soit environ 85 fois le montant de Cs-137 de l’accident de Tchernobyl (estimation du « Conseil national américain sur la radioprotection »).

« Il est important pour le public comprennent que les réacteurs qui ont été exploités pendant décennies, tels ceux du site de Fukushima-Dai-chi, ont généré quelques-unes des plus grandes concentrations de radioactivité sur la planète » (…) ce serait sur l’échelle des catastrophes un événement difficilement descriptible (…) 85 fois plus de césium 137 que Tchernobyl a  libéré, qui détruirait l’environnement mondial et notre civilisation. Ce n’est pas sorcier, ça dépasse le débat pugilistique sur le plus ou moins de centrales nucléaires. Il s’agit d’une question de survie de l’humanité.

Akio Matsumura a envoyé une missive au secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon. « Il n’est pas exagéré de dire que le sort du Japon et le monde entier dépend de réacteur N ° 4. Ceci est confirmé par les experts les plus fiables, comme le Dr Arnie Gundersen ou Dr Fumiaki Koide, (…) « Le monde est  si fragile et vulnérable. Le rôle de l’Organisation des Nations Unies est de plus en plus vitale. Je vous souhaite la meilleure des chances dans votre noble mission (…) J’ai écrit aujourd’hui au premier ministre Noda. Je lui ai demandé de prendre en compte l’initiative de mobiliser la sagesse des humains vers la sortie du problème du réacteur n°4, en prenant pleinement en compte l’avis d’une  »équipe d’évaluation indépendante ».

Ban Ki-Moon au pli des lèvres de Joconde Bouddhique n’a pour l’heure pas levé le petit doigt. Reste t-il le temps de faire autre chose que colmater des fissures, arroser les poussées de fièvre intermittentes du corium, étancher les sols, baratiner sur la crise?

 La Corée inquiète, concentre toute l’attention. La Corée du Nord déterminée à lancer une fusée, blanche, « Unha-3 » ou « Voie lactée » entre le 12 et le 16 avril, le 15 étant la date de célébrations du centième anniversaire de la naissance du président Kim Il-sung. Porteuse d’un satellite d’observation terrestre, Kwangmyongsong-3 « Etoile brillante ». La technologie des deux premiers étages de la fusée est identique à celle d’un missile Taepodong-2 d’une portée de 6 700 km.

La Corée du Sud et le Japon ont déployé des unités de leur marine équipées de missiles SM-3 pour intercepter la fusée si elle traverse leurs espaces aériens. « Ce serait la première fois dans l’histoire spatiale qu’une fusée serait victime d’une agression dans l’espace ».

M. Jang Myong-jin, Directeur du centre spatial: « Même si nous avons faim, nous devons poursuivre notre développement technologique sinon nous allons devenir le pays le plus sous-développé du monde ». Sous les satellites le froid, les enfants ont froid et faim, leurs pères n’ont rien de fanatique, mais terriblement appliqués, surveillés, le travail est rare. Le trésor enfonce l’épave.

Sur l’écran radar Tepco met son garrot, Kim Il-sung retient son souffle, le communisme sera poussière de l’éternel. L’activité sismique au Japon depuis un an a été multipliée par cinq et a modifié les fonds marins.

Le mensonge de Fukushima – ZDF – 07.03.2012