c’est avec le perdu qu’on pense

Quoi que nous pensions, nos pensées ne nous appartiennent pas. Pas plus que nous sommes à la source de notre corps, nous ne sommes à la source de nos hallucinations ni ne sommes les dédicants de nos vœux ni les maîtres et dompteurs de nos désirs. Quels que soient l’effort que nous fournissons, le froncement du front, le plissement des sourcils, la solidarité des yeux, l’attention, l’application, ne sont pas de nature volontaire. Elles viennent d’Ailleurs. Elles procèdent du Référent. La pensée ne cesse de faire du lien à partir de la première symbolique. Legere est relegere. Le logos, ou la religio, c’est relier avec le perdu.

– À quoi tu penses ?

– À rien

Et en effet on ne peut pas dire à quoi on pense puisque c’est avec le perdu qu’on pense.

– À qui penses-tu ?

– À rien de précis puisque je l’ai perdu en moi.

La noèsis ne peut pas être son propre noèma de la même façon que l’accouchement ne peut pas être le nouveau-né.

 –

Pascal Quignard, Mourir de penser (Dernier Royaume IX), p 170, éd. Grasset, sept. 2014

Statue sumérienne trouvée au Temple Abu à Tell Asmar de c.  2700 BCE

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