théorème 

Tchouang-tseu (Tchouang-tseu est le nom de ce chamane qui vivait dans sa forêt, dans la province du Henan, du temps où Héraclite, sur la côte turque, gravissait la colline qui surplombait le temple de la déesse chasseresse d’Éphèse) a écrit : La pensée est un voyage qui traverse le monde. Une fois le corps tombé en arrière, l’âme s’envole pour faire son aller-retour visuel. Tel est le tao céleste de l’âme des chamanes. Il en va des théories comme des rêves. Il en va des hallucinations provoquées par la fumée d’un champignon ou bien par l’alcoolisation du miel, du riz, du raisin, du maïs. Le retour du chamane est un carmen, une ode, un tao, une voie, une voix qui module méticuleusement son parcours. Ce chant qui le hèle ou ce rythme qui frappe sur un tambour afin de situer la terre dans l’espace ramènent l’âme près du corps. Le retour est devenu chant (odos) ou plutôt une danse qui le montre. C’est ainsi que les abeilles font. Tel est le tao du miel dans l’origine. Dans le verbe « neomai » les revenantes dansent leur revenance ; elles ne pleurent pas les fleurs disparues ; elles en situent le buisson dans le site. Elles en transmettent la position aux autres ouvrières. Cette danse qui fait retour en langue grecque est dite un théorème.

Pascal Quignard, Mourir de penser (Dernier Royaume IX), p 81-82, éd. Grasset, sept. 2014)

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