20 °, vent tendu, plein, continu, demain on annonce la neige, sa blancheur met en poussières la croix, la lumière se poudre, le soleil éblouit ceux que je croise, je vole leur regard, le temps passe par saccades, demain le bouscule, le presse
Catégorie : TROIS FOIS RIEN
géographie des seuils
les refuges prennent naissance dans le corps et dans ce que le ciel couvre, n’éclaire pas, les retraits se tiennent au creux des nœuds, nous dessinons dans les feuilles mortes – ces distinctions n’existent que pour le sage ou la vaste et superbe ignorance des nuages. les mots n’y sonnent pas, notre chemin est de sciure, ne marque pas d’empreinte, la pluie console, suspend le passé, chuchote l’irréel.
les refuges du secours n’ont pas de porte, n’ont pas de rendez-vous, les refuges aiment les chanceux, brûlent les préavis. les refuges n’acceptent qu’une personne à la fois, ils ne comptent pas le temps, les refuges sont des mères porteuses, les refuges abritent des coucous, les refuges sont loin des routes, leur nuit inutile n’indique aucun futur aux satellites.
les refuges n’ont pas besoin de colonnes ni de jet d’eau. Les refuges ont de précieux le peu. les refuges privent de voix, les refuges charrient des tonnes de pierres dans une boule d’argile.
les refuges voyagent sur une île flottante, des forteresses sur les dunes, la mer au ciel d’un seul tenant, des bateaux débarquent les sirènes d’une nuit.
des villes dont on ne franchissait pas les portes. les refuges ont des ombres profondes, les intempéries couchent sur tes épaules un manteau d’une tonne, les refuges ont quelque part du bois à brûler.
traverser la forêt, les sentes circulaires sans tracé. retours à la nuit des friches sans lune.
les refuges refermés sur la nuit expulsent des galeries d’épaves. les labyrinthes élevés sont vidés au matin, les refuges verticaux étranglent leurs proies.
les refuges ont des pierres de toutes natures, en tous leurs états. dans les petites tâches, remplir la journée, au bout dormir dans les inondations. ou se foutre l’aujourd’hui au veau d’or croqué à pleines dents le futur.
les refuges s’arrêtent dans des gares désaffectées que les trains dépassent, où meurent le vent et les tremblements de ferrailles du béton.
les refuges sont doux au triste sire, mais le tue s’il ne relève pas la tête, ne se remue pas. le vent, le clair-obscur, les sons s’improvisent venus des plateaux où s’allongent étoiles et soleil.
s’en sortir
On peut toujours se dire être malheureux de ne pouvoir écrire. On ne s’en sort pour autant mieux, ni pire, puisqu’écrire c’est bien tout de même quelque chose, on s’en sort avec quelque chose. On ramène des cendres sur des tapis concentriques. Le centre nous expulse en multiples variétés. Les constructions tombent et nous enferment, on ne va pas loin, nous déplaçons les centres vers la périphérie. Parfois à temps, avant d’être trop lourd, nous remarquons que nous poussons le vide. Les pierres ne flottent pas, le vent gifle nos ailes.
___________ #6
le ciel reflète un cours d’eau, porte sa densité son mouvement, répartis, étirés sur l’horizon, le reste va au couchant qui s’éteint en brumes épaisses, on dirait la mer, les oiseaux y disparaissent, reviennent, descendent (on dirait des poissons des grands fonds renversés), sentinelles du désert
pas plus loin
c’est obscur ce que je raconte, enfant j’ai dû croire que les gens entre eux se révélaient des secrets, je n’y comprenais rien, j’ai parlé à cinq ans, je lisais sur les visages quand j’étais invisible, j’ai essayé, maintenant c’est la même chose, au lieu des secrets c’est rien. faute de ne pas voir derrière le mur mes phrases s’y brisent. dès que je me retrouvais dans la solitude la joie était trop forte. on ne pouvait pas aller plus loin, on était pas transporté. l’autre bout de la terre n’a pas bougé, pas plus loin que devant tes yeux.
___________ #5
le rêve est une seconde langue, ou la première, non parlée, unique et commune à toutes les langues. nous sommes médium d’une seconde langue, du silence, d’un bilingue orphelin, nous sommes médium de je ne sais quel fichu lendemain, muet, liquidé au levé.
les abandonnés, ont un penchant pour l’abondance, ils maigrissent grossissent au gré du temps, en étouffent.
pour exprimer ce qui saisit la mémoire et la perception, tel ou tel animal doit traverser le miroir, chasser les ombres, les mots et les morts.



