tortues berceuses

 Le chien tourne autour de sa niche sans que sa laisse se noue, ni ne lâche. De sa place en surplomb on voit la ville s’étendre et les hommes se succéder dans des fumées de plus en plus épaisses où les start-ups bio élèvent leur coupole bleutée, nous ne pouvons pas faire autrement disent-ils. Déjà alors on ne donnait pas beaucoup plus cher de la peau des banquiers que de celle des chevaux. Un jour léger on aurait cru l’air plus clair et pouvoir torsader les nuages gris avec ce qu’on pariait comme devinette être les franges laiteuses d’un soleil fatigué. Le feu qui flambait dans la cheminée réchauffait à peine, le feu craquait réactivant l’hypnose, oubliant brièvement l’absence des points de fuite tellement introuvables qu’on devenait mou à se cogner aux objets. Le souvenir impérissable du ciel bleu faisait qu’on rêvait être bercé par la mer.

Un haut le cœur creuse et sursaute dans le corps des tortues dès que notre ombre touche leur carapace, quoiqu’elles n’en laissent rien paraître sous leur dignité j’m’en foutiste admirable. A cause que ce sont des tortues, qu’à l’insensibilité placide inconcevable de leur cerveau, à leurs habitats hyper plastiques, nous leur conférons le caractère étrange d’être à la fois rusées et désintéressées, immuables et mères-courage, les agrémentant encore de multiples dons de magies émouvants, même si ce n’est qu’image qui échappe de nos casseroles, de nos ornements muraux. De nous, du chien qui nous est attaché, des peurs de l’avenir qui nous la font évider, elles crient au secours aux crocodiles expéditifs mais sourds. Lassées de notre observation imprévisible elles détournent la tête. Il apparaît alors que nos ombres sont plus nombreuses que ce que le maigre visible enferme, ombres que nous avons sur nous et au-delà, très effilées, qui pour toujours nous retiennent à notre niche; si nous laissions faire les tortues certaines un jour nous enseigneraient à les couper, à nous laisser du leste ; ce n’en serait pas fini mais elles auraient la paix, hissées fleuries éventées sur un trône ; elles chasseraient par là même nos peurs nos icônes nos dirigeants, et tous ceux en orbite morcelé qui font la lèche aux miroirs.

Blue Lagoon (1980)

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