inflation du cloud

Encroûtée sur terre chaque nouvelle génération de clones immortels rend obsolète la précédente mise au rebut par mesure conservatoire, vieux immortels dirigés vers les secteurs recherches et développement, laissés vacants sur zones étendues de parcs acheminant sans prévenir vers des zoos, analysés au cas par cas de part en part, puis expurgés, public las, déplacés dans des musées, prisons dorées labyrinthiques, agents dormants sans fonction aux errances solitaires, génération dévalorisée à proportion de son inflation menant une existence concentrée et limite, obtuse, inutile, encombrante. Excepté le vent qui fait vibrer un instant l’air du labyrinthe, ou la respiration d’un rare visiteur, d’un nouvel égaré à l’identité dégradée, il ne se passe rien, chacun des survivants ayant rejoint son éternité. L’immortalité pré-programmée y avait l’air plus humaine.

jarred-old-tjikko @Christoffer Relande

une poussière d’enfer

S’il arrivait que le regard embrase tous les détails ne serait-ce pas là une version de l’enfer ? Face à une telle profusion quelle volonté propre pour s’orienter ? À peine exercée elle se retournerait en son intériorité, comme une feuille se racornit. Quelle motivation à y exercer une quelconque puissance puisqu’aucun manque ne serait à combler, moins encore à inventer. Pourquoi se rendre en un point ? Le centre toujours démenti imposerait son mirage dont la vitesse d’exécution délierait enfin corps et esprit sans le moindre discernement.
En échappée belle ici-bas l’exil à la montagne serait un cadre suppléant amicalement notre cécité. Le soleil ou la neige y sont trop intenses. l’horizon déplié sans aucune ligne droite à laquelle se tenir largue vite l’esprit. À y résider l’humble travail de nain s’impose et le temps file, les saisons se répètent à intervalles perplexes. L’air vif tranche la rugosité matérielle du lieu et on cèderait facile aux visions naïves à décomposer le monde par ses parties: au sommet, de ce point de vue qui oscille, le paysage est une miniature ou l’homme n’existe pas, n’ayant définitivement rien à dire au monde.

intervalles

Ce n’était pas si grave. il aurait fallu revenir sur ses pas, abandonner ce qui attendait, s’arrêter un moment, ne pas avoir peur, s’arrêter toujours. Ce serait parfait. Souffler.
Commencer, ne plus continuer ainsi le chantier. Se répéter tout, préciser, se persuader d’une seule chose, sans souci d’importance, de place, ni de haut ni de bas. L’idéal serait de ne plus réfléchir à rien. Reprendre. Sans arriver à bout de la fin rapprocher les commencements de leurs fins. Réduire la voilure. Afin que rien n’avance et que tout change, les fins remplacées par des recommencements. Désengorger. Laisser beaucoup d’espace entre tout, les vagues les unes sur les autres, au temps qui tourne dérouté.

— # 19

Les ombres dessinent la lumière, la lumière dessine des ombres, sous le charme des fleurs les flancs de montagnes lavent les souvenirs. Dans les caves les machines à soustraire sont pleines, au ciel les colonies de satellites au pilotage autonome traversent les écrans d’aiguillage d’un robot endormi.

Cy Twombly

les pieds du vent

Formes éparses suspendues dans l’air, qui s’allongent, s’éclipsent et réapparaissent, se délestent, s’appesantissent, s’associent, se divisent, les jours avancent, reculent. Refuge du miroir, l’illusion d’une distance, l’insondable pour distance.
Ciel bleu, lumière, nuages ourlés en nuances de blancs, ensemble d’une vingtaine de nuages que l’oeil, à cette distance du bleu, englobe clairement, revenir aux dimensions palpables parmi les grenouilles de l’étang.

sans suite 57

la réalité désaffectée comme entreprise de décontamination. condition optimale à des résultats statistiques fiables.

l’actuel comme interruption momentanée. l’actuel serait en miroir le produit déformé d’une machine, un organe, une greffe, un rejet servi le lendemain. l’horrible modernité pour oublier.

le plus embarrassant est que c’est et du lard et du cochon.

la folie apaise les hommes sauf ceux dont la jouissance insatiable fait qu’ils ne la reconnaissent pas. le monde normal se ronge de l’intérieur.

survivre est héroïque. Les maîtres du bondage convoitent ce qu’ils supposent être la jouissance de l’esclave.

motif de réjouissance, nous ne devenons pas pire. notre pouvoir de disparaître s’accroît à hauteur des nuisances.

les spécialisations et la répartition des tâches qu’ils se sont attribuées sont pilotées par des robots. le protocole soumet les personnes à dormir au passé.

puis un jour ce qui arrive dans l’actualité est de plus en plus lointain qui le lendemain te revient en pleine gueule.

Gas Station in California @Kevin Balluff

persister

/ Chaque jour sur le chantier les matériaux de construction s’accumulent, les volumes augmentent. le plan n’existe pas. cependant tous les corps de métier s’emploient à adapter et emboiter les éléments déchargés des camions, la moitié des livraisons est composée de pièces sans usage ou alors défectueuses ou incomplètes. l’autre moitié est unijambiste, les récépissés de commande sont introuvables, tout autour la friche triomphe dans les gravats, des jardins bordés par les pierres des murs d’une maison en ruine marquent la frontière. le terrain manque d’appui. Les ouvriers dorment, les techniciens ne sortent plus des réunions.

/ une réalité épineuse. par bonnes saisons pleuvent les solutions diverses des champs à graines jusqu’à l’acheminement dans les cages. les allées, le parc n’ont plus d’arbre. la place pour les déposer dans les cages manque. les roues tournent à vide, les esclaves se sont échappés, les robots les secourent. trop de graines et trop de gens – les termes de la distribution s’enchevêtrent, les greniers sont vides, le brouillard respire, coagule la poussière. les solutions se referment sur des failles, la pluie tombe dans la cheminée, à plat sur les papiers-peints le passé se décolle, le salpêtre fait du sel, le poivre jaune du soleil blanchit les couleurs.

Daido Moriyama, Tokyo- suite d’un récit – Autum Trip (Omaezaki), 1984