— # 19

Les ombres dessinent la lumière, la lumière dessine des ombres, sous le charme des fleurs les flancs de montagnes lavent les souvenirs. Dans les caves les machines à soustraire sont pleines, au ciel les colonies de satellites au pilotage autonome traversent les écrans d’aiguillage d’un robot endormi.

Cy Twombly

les pieds du vent

Formes éparses suspendues dans l’air, qui s’allongent, s’éclipsent et réapparaissent, se délestent, s’appesantissent, s’associent, se divisent, les jours avancent, reculent. Refuge du miroir, l’illusion d’une distance, l’insondable pour distance.
Ciel bleu, lumière, nuages ourlés en nuances de blancs, ensemble d’une vingtaine de nuages que l’oeil, à cette distance du bleu, englobe clairement, revenir aux dimensions palpables parmi les grenouilles de l’étang.

sans suite 57

la réalité désaffectée comme entreprise de décontamination. condition optimale à des résultats statistiques fiables.

l’actuel comme interruption momentanée. l’actuel serait en miroir le produit déformé d’une machine, un organe, une greffe, un rejet servi le lendemain. l’horrible modernité pour oublier.

le plus embarrassant est que c’est et du lard et du cochon.

la folie apaise les hommes sauf ceux dont la jouissance insatiable fait qu’ils ne la reconnaissent pas. le monde normal se ronge de l’intérieur.

survivre est héroïque. Les maîtres du bondage convoitent ce qu’ils supposent être la jouissance de l’esclave.

motif de réjouissance, nous ne devenons pas pire. notre pouvoir de disparaître s’accroît à hauteur des nuisances.

les spécialisations et la répartition des tâches qu’ils se sont attribuées sont pilotées par des robots. le protocole soumet les personnes à dormir au passé.

puis un jour ce qui arrive dans l’actualité est de plus en plus lointain qui le lendemain te revient en pleine gueule.

Gas Station in California @Kevin Balluff

persister

/ Chaque jour sur le chantier les matériaux de construction s’accumulent, les volumes augmentent. le plan n’existe pas. cependant tous les corps de métier s’emploient à adapter et emboiter les éléments déchargés des camions, la moitié des livraisons est composée de pièces sans usage ou alors défectueuses ou incomplètes. l’autre moitié est unijambiste, les récépissés de commande sont introuvables, tout autour la friche triomphe dans les gravats, des jardins bordés par les pierres des murs d’une maison en ruine marquent la frontière. le terrain manque d’appui. Les ouvriers dorment, les techniciens ne sortent plus des réunions.

/ une réalité épineuse. par bonnes saisons pleuvent les solutions diverses des champs à graines jusqu’à l’acheminement dans les cages. les allées, le parc n’ont plus d’arbre. la place pour les déposer dans les cages manque. les roues tournent à vide, les esclaves se sont échappés, les robots les secourent. trop de graines et trop de gens – les termes de la distribution s’enchevêtrent, les greniers sont vides, le brouillard respire, coagule la poussière. les solutions se referment sur des failles, la pluie tombe dans la cheminée, à plat sur les papiers-peints le passé se décolle, le salpêtre fait du sel, le poivre jaune du soleil blanchit les couleurs.

Daido Moriyama, Tokyo- suite d’un récit – Autum Trip (Omaezaki), 1984

sans suite 56

ce qui est appelé le mal désigne une erreur, un aiguillage fatal, le point initial regardé du fond du trou pour ne plus en bouger.

les trous noirs sont un mystère, que quelqu’un existe et les mesure est plus mystérieux encore.

d’un pas qui à chaque pas détermine la précision de la mesure du pas sans tenir aucun compte de la distance prise.

parler #4

Souffle d’une turbine invisible les mots fabriquent des images qui à leur tour fabriquent des mots, les uns les autres s’inventent, d’un seul trait se modifient seuls et ensemble, les mots et les images ne racontent rien du monde, maîtres et fantômes se calquent. Régulièrement leur croisement discorde et enfin les transforme, donne à tout une toute autre apparence qui déjà n’est plus là. Les anomalies d’encodage s’annulent en ouvertures joyeuses, ou, coup du sort, s’imposent, se figent sur des figurines aux mains de mort, sans rien pour les mouvoir.

@audreybenjaminsenart

diluvien

Tout se peut dans l’univers, même l’apparition du langage, dont la place ou la matrice de chaire n’était pas prévue. Images et mots recouverts en surface les uns des autres, sons, odeurs à raviver un mort. Des mots sur des images nocturnes, des mots travestis encerclent les yeux masqués.
L’histoire, on n’en sait que trop sans pourquoi nous échappe, au-devant surgit un animal aveugle, alerté du fond solitaire de son règne, un jour banal et décisif, électrisé par tant de chaos qu’un simple coup sur l’échiquier écarte. la mémoire prise de court n’en gardant trace qu’à l’effacer.

stelleena , sans titre