insomnia / 2

 

Ficelles de l’insomniaqueatterrir dans le sommeil, suivre attentivement sans entêtement les paroles à la radio, flotter dans le flux jusqu’à ce que la voix parle toute seule en partant. Travail pratique paradoxal : se déconcentrer le plus rapidement possible par grande patience. Conduire une à une toutes les images projetées sur un seul plan, les maintenir dans ce cadre, apaiser le geôlier. Laisser défiler les images pensées, s’y abandonner, faire comme se départir de soi, rêver dans une fleur à chardons.

 

dire plus

 

« L’écrivain, c’est sa fonction, dit toujours plus qu’il n’a à dire: il dilate sa pensée et la recouvre de mots. Seuls subsistent d’une oeuvre deux ou trois moments: des éclairs dans du fatras. Vous dirais-je le fond de ma pensée? Tout mot est un mot de trop. Il s’agit pourtant d’écrire: écrivons…, dupons-nous les uns les autres ».         E.Cioran, La Tentation d’exister.

« Point de salut, sinon dans l’imitation du silence. Mais notre loquacité est prénatale. Race de phraseurs, de spermatozoïdes verbeux, nous sommes chimiquement liés au Mot ». E. Cioran, La Tentation d’exister.

 

silencio

 

Ni verticale ni horizontale la musique ricoche le silence, le silence rentre dans la mélodie, en ignore le rythme, corps figé, vacillant, précieux, absent au déplacement de l’air, un pas de retard, sa façon de danser, mélodie parmi les mémoires d’autres mélodies, retour titubant, époux dansant. Sur quoi repose la musique pour attester du passage du temps ?

 

 

boucle

 

Déconstruire, ne plus rien retrouver des matériaux initiaux. Se déplacer, ramasser les branches dispersées, rassembler, étager, mettre en rapports, glisser, monter enfin sur des échelles, mettre un peu de lumière sur le bordel. Revenir.

Ne garder que le début du début et, par arrogance, panique, ou afféterie, préparer en secret la fin de la fin.

 

un trou dans le plan

 

L’histoire avance dit-on comme on le dit du temps, des changements visibles et manifestes opèrent sous les yeux, quoique avec un léger décalage, de telle sorte qu’on ne la perçoit qu’une fois en bout de course ; une autre a commencé, lestée de ce recul, continuant de la même démarche casse-gueule. La pensée, refaite à neuf, imparable imitatrice, l’accompagne. D’une ombre se redessinent les plans.

 

L'ENFANCE D'IVAN, Andreï Tarkovski
L’Enfance d’Ivan, Andreï Tarkovski

Il y a un an les studios Mosfilms ont mis en ligne sur YouTube cinq des films d’Andreï Tarkovski, dans des versions restaurées et sous-titrées:   L’enfance d’Ivan (1962)   –   Andreï Roublev (1966) partie I & II   –    Solaris (1972) partie I & II   –    Le Miroir (1975)   –    Stalker (1979)

sans suites 45 * (les mots 01)

 

Laisser tomber querelles et foutaises, verser dans l’hérésie : prier devant les nuages, faire corps, tomber en lambeaux, s’exercer cruellement, livrer le langage des formes aux nuages, glossolalies envoûtantes, animaux médusés.

Les mots résonnent de façon assez manifeste pour ne pas s’y attacher, les définir, les couler accouplés au bloc de matière qu’ils désignent, les détacher à part : profiter de leur effusion comme catapulte à silence.

Redéfinir chaque mot désormais, repartir à zéro, aux choses elles-mêmes. Ne rien pouvoir dire. Travailler sur l’immatérialité d’un tapis.