… plus c’est

 

« Plus c’est vous, plus vous devenez n’importe qui…

Mais vous n’êtes les autres qu’en étant au maximum vous-même, n’est-ce pas ? »

A. Giacometti, «Entretien avec Pierre Schneider», in Écrits,  p . 262

maison

 

Grands zonards du ciel aux trajets lents et tortueux les corbeaux dérèglent les horloges, les enfants ne sont pas rentrés, au milieu des vieilles pierres la nuit abrasée de soleil, mémoires gravées ouvertes la nuit ensevelies et balayées, solides et liquides, peuplant le halo des jours, qui lui avait prédit il y a si longtemps qu’il ne reviendrait pas ?

sans suite 37

 

la chaleur enveloppe son dos, à l’arrêt il relève la tête // dans le ciel un bruit double, l’onde des hélices d’un vieil avion à chaque bout d’un arc // l’air glisse, une buse tourne juste au-dessus, une autre buse va-et-vient et délivre à vue de nez une ligne d’horizon parfaite // avant l’orage le vent enveloppe le corps comme la mer, les maïs tanguent et le sifflement strident d’un oiseau en piqué // le temps en abondance, le corps de vent, pas d’arrêt pour commencer // loué soit le vent en rafales, personne n’encombre

 

SANS SUITE 36

 

L’iconoclaste audacieux osa libérer les fantômes. Nous les attendions.

Il leur avait retiré le visage, à lui-même ce fut son corps.

L’imposteur contrarié par son visage qu’il considérait n’être pas le sien.

À force d’être sincère, authentique, bref lui-même, son visage a pris une drôle de tournure qui donnait envie de détaler.

Le miroir l’habitue, calée son histoire supporte son silence et son anonymat.

Depuis qu’il ne voit plus, ses gestes sont plus amples, excessifs, de plus en plus amples face au silence de tout le monde disparu.

Sourd et aveugle, c’est le meilleur orateur.

A deux doigts de soupçonner qu’ils croient à ce qu’ils disent, qu’ils font ce qu’ils nous disent de croire, à deux doigts de leur donner tes bras ballants.

Avec le soin d’un barbare, longtemps il a cherché une réglementation morale pour encadrer les danses. Un pas de danse qui agrandit les mailles ou des personnes ivres de reflets et les couleurs qui baillent.

SANS SUITE 35

 

S’ennuyer, épuisé dans ce coin trop vaste, s’obséder à découvrir autre chose, au-dessus d’une toupie dessinant des sortes de ∞ à la croisée d’un trou.

Se pencher, toucher le centre, le disperser. Le seul centre du cercle est celui que tu traces ; puis tu le troues, afin d’en sortir.

Au fond du gouffre la lumière tombait sur une mer de vase étale parfaitement immobile.

Événements du jour, les fleurs poussent dans le torrent, les planeurs s’écrasent, l’architecte construit des ruines.

Pas la moindre brise, sur l’étang parfaitement plat sa barque s’est pourtant fracassée contre un rocher, à quoi tient le destin ?

L’avenir, la mort et les statistiques

 

Les valises vides grandes ouvertes, un feu, le froid, les bruits du dehors et pas mal de vent, le commérage autour du cimetière, finitude et avenir superposés à la fenêtre du chat de Schrodinger, le chat réjoui de rentrer à la maison, déconcerté qu’il n’y ait personne.

SANS SUITE 34

 

Aveugle à la fenêtre, las du monde que seul le monde sauve. Les lourdes tombes triomphales, les bafouilleurs en soutane. Ordonner la mémoire, la pauvre qui tient encore, gravir les érosions se perdre dans les strates, continuer à l’envi un à un les souvenirs ramassés, les faire à sa main, si possible abandonner très vite, faire de l’oubli l’allié, le plat désert des vertiges.

D’autres fois glisser dans les souvenirs, présent qui balance et s’égalise, longtemps sans le moindre mouvement, s’être égaré dans le futur.

Vus d’avion des corps au sol suspendus, dans le trou du présent, attendent.

Ne plus aller voir les chevaux la nuit, relâcher son corps, le voir gonfler jusqu’à l’heure du couché.

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