parler #4

Souffle d’une turbine invisible les mots fabriquent des images qui à leur tour fabriquent des mots, les uns les autres s’inventent, d’un seul trait se modifient seuls et ensemble, les mots et les images ne racontent rien du monde, maîtres et fantômes se calquent. Régulièrement leur croisement discorde et enfin les transforme, donne à tout une toute autre apparence qui déjà n’est plus là. Les anomalies d’encodage s’annulent en ouvertures joyeuses, ou, coup du sort, s’imposent, se figent sur des figurines aux mains de mort, sans rien pour les mouvoir.

@audreybenjaminsenart

diluvien

Tout se peut dans l’univers, même l’apparition du langage, dont la place ou la matrice de chaire n’était pas prévue. Images et mots recouverts en surface les uns des autres, sons, odeurs à raviver un mort. Des mots sur des images nocturnes, des mots travestis encerclent les yeux masqués.
L’histoire, on n’en sait que trop sans pourquoi nous échappe, au-devant surgit un animal aveugle, alerté du fond solitaire de son règne, un jour banal et décisif, électrisé par tant de chaos qu’un simple coup sur l’échiquier écarte. la mémoire prise de court n’en gardant trace qu’à l’effacer.

stelleena , sans titre

parler #3

Les noms s’entendaient par cela même qu’ils désignaient, apprendre sans savoir, langue crue. Les verbes eux seuls ne peuvent rien dire, coupent les mains, bouchent la voix, ils précèdent, ils sont les architectes sans plan de l’univers; chus dans leur chair, saturés d’images, ils fracturent, ouvrent ce que les mots récolteront. Les verbes viennent après que les mots, une quantité de mots, une excroissance, commencent à s’oublier. Les mots dépassés, retour à naître et mourir, matrice verbale féconde, articulant la terre au ciel, dont l’enveloppe ample accueille chimères et bienheureux présages. Inventer des verbes prolonge la suite nommable. Tentation d’appauvrir, de supprimer les mots, d’oublier les verbes, bluffer la parole.   

parler #2

Ce que l’évolution dans sa précipitation a laissé en cours donne lieu au langage qui la retraite; en ligne droite il l’accélère jusqu’à la pulvériser, ses grottes plus enfouies et éruptives projettent d’autres rives. Pour la première fois nous disions la nuit blanche des rêves d’ivresse livrés à l’aurore. La langue sustentée, grande prédatrice immatérielle, se met à jour par désincarnation successive; sa diffusion, sa décomposition à la surface numérique brille des mille feux du pixel,  des satellites en orbite d’un avenir gelé.

parler #1

L’homme entend peu à se représenter, ce n’est peut-être pas si mal. Après feu et sang, dieu remercié du fardeau enfin déposé.

À partir d’un certain point, résister consiste à ne plus vouloir comprendre. La première façon de ne pas comprendre étant de ne pas parler. Faire ses ablutions en suivant des yeux les séquences de nuages immobiles.

Nous disons, pas vraiment, nous nous débrouillons de la situation qui nous échoit, nos mots peuvent être des gestes.

Cette capacité étrange à se convaincre à peu près de tout et de n’importe quoi par des biais totalement ignorés. Le premier dit A, le second dit A, c’est plus facile d’y croire, comment ça ? La plupart du temps c’est bavardage sur un maximum de choses pour soi sur soi, déversées avec les autres en mode mineur et viral. Nous avons le besoin immédiat d’une réponse à des questions sans nombre. 

Ses questions et ses arguments sont convaincants pour justifier sa flemme, nous lui en sommes reconnaissants.

long_time_to _understand_nothing