sans suite 54 ∼ (de l’âge)

 

Jeunes personnes à table sur la terrasse. Tu empruntes leurs positions corporelles, leurs expressions, tu plonges, tu crois te mettre dans leur tête, y trouver une place, ton époque revient, y était, c’était aujourd’hui et pour la première fois tu avais, au terme du voyage, tout le temps.

Vertige des discussions métaphysiques qui furent, d’autant qu’il y est désormais absent, il y a longtemps (comme si c’était hier) il avait été si moderne, si contemporain, exalté, désormais retourné à la grisaille sans reflet, témoin en fuite pas trop fiable, refuge dans un sommeil sans âge.

Un attroupement joyeux de petits enfants t’instruit de qui tu fus enfant. Temps où s’apprenait à parler, désormais percé d’empreintes séchées dures comme pierres.

Le vieillard tout au long de la journée attend que l’enfant se soit épuisé, la vie passe si vite.

Horreur, après tant d’années il mit le nez dehors, il n’y avait plus que des jeunes. Se terrant aussitôt, quand l’aventure oubliée il jette un œil au-dehors ; horreur, il n’y avait que des vieux !

Non, ce n’est pas lui, ce ne sont pas eux, c’est maintenant son tour de les voir vieillir à vue d’œil.

On ne le voit pas. Il a maintenant allègrement cent ans, ça dure ainsi, sans âge, la mort s’est amadouée avec lui qui en parait cinquante. Figé en sombre indécision, pantin pétri de douleurs au moindre mouvement, il se tient droit comme un cercueil.

Vieillard et enfant qui enlèvent les mots du langage. Le vieillard qui t’explique, ton innocence condamnée, l’oasis disparue.

Il est si vieux que même les vieillards le prennent pour un bébé.

Il retombe en enfance, regarde les femmes comme des enfants ou des mamans.

À quarante ans il écrivit ses pages les plus féroces contre les vieux. Après ça se gâte. Il les aligne au bord d’une falaise jusqu’à ce qu’un sourire éclaire un nombre suffisant ; il appelait ça le jeûne de l’esprit, leurs bouches ouvertes assoiffées par le sel.

Les vieux hésitent à dire bonjour aux jeunes, ou s’ils le font c’est d’y répondre trop tard, dépassé le temps passe trop vite.

 

 

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