mon professeur de yoga littéraire

Quand je sortais épuisé de la rivière, il m’apparut pour la première fois sous les arbres de la rive où, pour ne pas avoir chaud, je me dirigeais. Ce n’était pas spécialement là qu’il habitait, c’est par hasard que nous nous sommes croisés, même si avant en d’autres endroits il était apparu, je ne l’avais pas vu, tout simplement.

Sûrement (curieux ces choses improbables dont on peut être sûr) si je ne m’étais pas imperceptiblement noyé dans le bruit du courant, et ne m’étais pas réjoui de m’ennuyer un peu, je ne saurais toujours pas qu’il existe. L’eau aux racines des arbres qui ourlent la rive produit une mousse aérienne, et les pierres y creusent, glissent, balayées par le courant. Je pensais sans plus m’ennuyer à maintenir cet état naissant d’ennui, à satisfaire le plus longtemps possible ce sentiment de ne rien faire, de n’avoir à penser à rien. Je ne gênais personne avec mon histoire de ne penser à rien, j’étais libre de n’avoir rien à changer de ce que je pensais seul dans ma rivière de galets, de ma bêtise, sous un soleil si chaud qui rend les âmes vivantes toutes entières tapies quelques part pour elles-mêmes en compagnie d’autres eux-mêmes, et je pensais depuis le début sans le savoir en fait à la mort, et averti alors je remontais le fil de cette pensée, je tendais le filet, je pensais à la mort, non pas à l’inaccessible, l’impensable, mais à celle lointaine, à celle de la mort collective qui vient à une vitesse sans commune mesure avec celle au bout de notre vie, et je m’imaginais, et c’est là que vint mon professeur de yoga littéraire. À cause d’avoir regardé longtemps l’eau les galets dans le courant c’est là qu’il me dit que la mort va changer d’âge, que des colonnes de jeunes personnes se donneront à la mort comme pour accomplir un privilège; pas besoin d’attentat. Imaginons dit-il le meilleur monde possible, le monde en paix derrière les murs, les bruits étouffés là où règnent de spacieux couloirs d’écrans aux salles d’attente des paradis à choix, des abeilles riantes bourdonnant remontant nos corps pour nous caresser l’esprit. Je voulus comprendre, revenir à moi, pendant ce temps là les canards cancanaient parmi les croassements des crapauds et récitaient une leçon sans fin, le professeur avait effacé ses traces, je partais rêveur et décidais de m’attacher, c’était la première leçon.

JoAnn Verburg, la preuve sans titre (Ping à La Fonti) © JoAnn Verburg 2013

d’avenir perdu

je suis né dos à une longue chaîne de montagne qu’une couverture permanente de nuages dissimulait. un monde préfiguré, l’avenir élargi, se tenaient derrière une quelconque porte secrète que la vie qui t’est donnée te désigne de forcer, les enfants sucent des pierres de lune, le soleil s’allonge et se repose au matin. ce mur disparu un jour sans le vouloir, à force de s’en être éloigné, et les mots qui le remplace n’aperçoivent derrière qu’une autre longue chaîne de montagne où la nuit éternelle couvre ses sommets. on se promène en se demandant parfois où on va, d’autres fois plus, car on est perdu

tortues berceuses

 Le chien tourne autour de sa niche sans que sa laisse se noue, ni ne lâche. De sa place en surplomb on voit la ville s’étendre et les hommes se succéder dans des fumées de plus en plus épaisses où les start-ups bio élèvent leur coupole bleutée, nous ne pouvons pas faire autrement disent-ils. Déjà alors on ne donnait pas beaucoup plus cher de la peau des banquiers que de celle des chevaux. Un jour léger on aurait cru l’air plus clair et pouvoir torsader les nuages gris avec ce qu’on pariait comme devinette être les franges laiteuses d’un soleil fatigué. Le feu qui flambait dans la cheminée réchauffait à peine, le feu craquait réactivant l’hypnose, oubliant brièvement l’absence des points de fuite tellement introuvables qu’on devenait mou à se cogner aux objets. Le souvenir impérissable du ciel bleu faisait qu’on rêvait être bercé par la mer.

Un haut le cœur creuse et sursaute dans le corps des tortues dès que notre ombre touche leur carapace, quoiqu’elles n’en laissent rien paraître sous leur dignité j’m’en foutiste admirable. A cause que ce sont des tortues, qu’à l’insensibilité placide inconcevable de leur cerveau, à leurs habitats hyper plastiques, nous leur conférons le caractère étrange d’être à la fois rusées et désintéressées, immuables et mères-courage, les agrémentant encore de multiples dons de magies émouvants, même si ce n’est qu’image qui échappe de nos casseroles, de nos ornements muraux. De nous, du chien qui nous est attaché, des peurs de l’avenir qui nous la font évider, elles crient au secours aux crocodiles expéditifs mais sourds. Lassées de notre observation imprévisible elles détournent la tête. Il apparaît alors que nos ombres sont plus nombreuses que ce que le maigre visible enferme, ombres que nous avons sur nous et au-delà, très effilées, qui pour toujours nous retiennent à notre niche; si nous laissions faire les tortues certaines un jour nous enseigneraient à les couper, à nous laisser du leste ; ce n’en serait pas fini mais elles auraient la paix, hissées fleuries éventées sur un trône ; elles chasseraient par là même nos peurs nos icônes nos dirigeants, et tous ceux en orbite morcelé qui font la lèche aux miroirs.

Blue Lagoon (1980)

noctuelle & bruit de fond

se lever se coucherCloué au lit, au fond de la pièce le lit, un diode au-dessus de l’épaule qu’un papillon de nuit cogne, à répétition, vrille, réapparaît alors que le vent secoue, la pluie gifle les fenêtres, le jour est gris, papillon intrus impossible à capturer, inconcevable à tuer et dont il faut tout de même se débarrasser. Un drap tiré sur la tête sur le champ, c’est ainsi que les papillons de nuit disparaissent. Le lait cognac au miel couronne le réveil.

Parti dès le soleil couché en sieste inopinée dans un arbre transi sous traine de ciel où les flocons volent vacillent — vous vous réveillez alors du silence, revenu loin de tout sur les trois heures du matin quand résonnent des discussions inaudibles et des rires et dont vous vous dites que c’est l’unique bruit de fond au silence, celui qui rappelle et signe votre appartenance, et si, de l’autre coté de la terre, vous êtes presque mort, ici vous marchez encore, où diable descend t-on?  Dans la minuscule chapelle en milieu de forêt où nous étions tombés, porte entrouverte et toit défoncé, du jeu des ombres et du soleil rasant nos yeux brillaient d’une béance qu’ils tentaient d’attraper, n’en revenant pas. L’avenir, plié du coté de l’absolu était décidément très loin, sans répit, des forêts de branches se fracturaient aux bourrasques, on croyait voir cligner un point, des feux de voitures pris pour des yeux de grands cerfs, une route, un chemin, assez de vent pour fuir, sans se presser, sans être vu, filer tête la première sur le dos.

Mots inatteignables, volés, perdus, vendus aux mieux-disant, qui valent moins qu’une ombre, mots à dire ce qui n’existe en somme qu’en esprit, à le faire exister, au troisième petit tour d’incursions-excursions, las de tendre l’oreille aux messes basses et la joue aux perturbés, de se cogner aux échafaudages bancals de murs disparus, l’esprit abandonne, va dormir, vaincu par le hasard qui l’a si bien servi, ouvre la porte aux brisées des cauchemars, aux nuits réparties à toutes heures du jour qui rage ronge l’épais vernis craquelé, et s’affaler aux siestes cotonneuses, une jambe sans pied fait l’affaire au silence.

Convoqué au maximum de choses possibles, les ramasser déjà, se rendre aux rdv éternellement ajournés, etc., en s’attachant sans peine à suivre la pente de la plus grande lenteur, à la vitesse où penser est sans importance ; qui s’emboîte perfecto à la perte de sens du filet vide des mots — appelé, réveillé au secours pour nourrir de paille les chevaux des chevaliers arrivés tard.

Site dEmanuele de Raymondi

其所言者特未定也

À placer le langage dans la clarté, à observer sans comprendre les cadavres allongés à terre sous un merveilleux ciel qui tisse, orne, imperturbable, « le centre de l’univers », en « notre » univers comme des morts de faim à chercher croyances et subsides d’une famille antique, compilant les preuves, notre identité légataire, du trésor qui, à mesure que le temps passe prend toute sa valeur, une seconde et une vie entière ayant le même poids. « Être pour la destruction », supporté d’espérance. Le secret en fine fleur thésaurisée, la fraîche odeur saline d’un rêve totémisé, en nous transis gobant le silence.

Mais la fatigue venant utilement à l’insu, ce qu’il nous reste à croire nous accroche aux trois huit, à ce qui fait l’affaire, usine des relais : l’intelligence artificielle siège sur des normes fastidieuses, codifiant quelque chose vis à vis de quoi elle reste extraordinairement étrangère, son « langage » c’est à dire l’information produite sans rapport avec le « parler » en pourparlers, est une torture silencieuse séparant le bon grain de l’ivraie. La réalité du point de vue imaginaire, que la vie sociale et ses idéaux propriétaires s’occupent à briser, est une invention friable, un point de vue x comme échelle sur un appui bien solide, un concept outil, étranger à la trousse à outil, et pas de moteur à propulsion qui s’y prêterait. Aporie du langage – évincé sous le corset d’un usage juridique ou technique, d’une pensée soumise en pièces à conviction.

Arrêt, suspension du jugement, ou encore ce qu’indique Moshe Feldenkrais, à propos de la conscience; une pause entre la pensée (l’intention) et l’acte opéré. La périphérie n’est pas seconde, mais concomitante.

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(…) 非吹也, 言者有言, 其所言者特未定也 (…)

« (…) Parole n’est point que souffle, ce qui parle a quelque chose à dire,  ce qui est dit n’est jamais fixe (…) »

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« Les hommes qui sont en quête du Dao 道 croient le trouver dans les écrits. Mais les écrits ne valent pas plus que la parole. Certes, la parole a une valeur. Ce qui fait son prix, c’est le yi 意, le « son de l’esprit ». Le yi 意, le « son de l’esprit », tend vers quelque chose, mais ce vers quoi  il  tend,  la  parole  ne  peut  le  communiquer. Pourtant, c’est pour ce « quelque chose » que les hommes accordent de la valeur aux mots et transmettent les livres. Tout cela, le monde a beau lui donner du prix, moi je trouve que cela ne le mérite pas, car ce à quoi on donne du prix n’est pas ce qu’il y a de plus précieux… » Zhuangzi chapitre XXVI

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« La figure, c’est ce qui manifeste le sens. Les mots, c’est ce qui explique la figure. Pour aller jusqu’au fond du sens, rien ne vaut la figure; pour aller jusqu’au fond de la figure, rien ne vaut les mots. La parole naît de la  figure, aussi peut-on scruter le mots pour considérer la figure. La figure naît de l’idée, aussi peut-on scruter la figure pour considérer le sens. C’est la figure qui permet d’aller au fond du sens, ce sont les mots qui permettent d’éclairer la figure. Ainsi donc, les mots sont faits pour expliquer la figure, mais, une fois qu’on a saisi la figure, on peut oublier les mots. La figure est faite pour fixer le sens, mais, une fois qu’on a saisi le sens, on peut oublier la figure. C’est comme le piège dont la raison  d’être est dans le lièvre: une fois le lièvre capturé, on oublie le piège. Ou comme la nasse, dont la raison d’être est dans le poisson: une fois le  poisson attrapé, on oublie la nasse. Or donc, les mots sont le piège qui capture la figure ; la figure est la nasse qui attrape l’idée. Voilà pourquoi  celui qui s’en tient aux mots n’arrivera jamais à la figure; et celui qui s’en tient à la figure n’arrivera jamais au sens. La figure naît du sens, mais, si l’on s’en tient à la figure, ce à quoi on tient n’est pas vraiment la figure. Les mots naissent de la figure, mais si l’on s’en tient aux mots, ce à quoi on tient ne sont pas vraiment les mots. Aussi, c’est en oubliant la figure que l’on arrive au sens ; et c’est en oubliant les mots que l’on arrive à la figure. L’appréhension du sens est dans l’oubli de la figure, et l’appréhension de la figure est dans l’oubli des mots. » Wang Bi, Zhou Yi lüeli, Remarques générales sur le Livre des mutations, chap. Ming xiang «Explication des figures hexagrammatiques».

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« Nous parlons de quelque chose, mais ce dont nous parlons n’est jamais déterminé. » Zhuangzi / chapitre 2

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« Le faisan picore tous les dix pas et boit tous les cents pas. Pour rien au monde il ne voudrait qu’on le nourrisse dans une cage ; car cela ruinerait sa vitalité ; d’ailleurs, « même si les génies [de la forêt] le prenaient pour roi, il n’en éprouverait nulle satisfaction ». (Zhuangzi, chapitre III, principes pour nourrir la vie 卷二上 第三 養生主, trad : Gao Heng)

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« Le langage a son prix, ce qui fait son prix, c’est l’intention. L’intention tend vers quelque chose, mais ce vers quoi elle tend, cela la parole ne peut le communiquer. » Zhuangzi / chapitre 13 (in Jean LÉVI, Les œuvres de maître Tchouang, Paris, Éditions de l’Encyclopédie des nuisances)

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« Quand on façonne une roue, trop doux, il y a du jeu, trop fort, les pièces s’imbriquent mal. Ni trop doux ni trop fort, il faut l’avoir dans les doigts. L’esprit se contente d’obéir. Il y a dans mon activité quelque chose qui ne peut s’exprimer par des mots, aussi n’ai-je pu le faire comprendre à mon fils. J’ai soixante-dix ans bien sonnés et je suis encore là à •faire des roues en dépit de mon grand âge. » Chapitre XIII, p. 114, In Jean LÉVI, Les œuvres de maître Tchouang, Paris, Éditions de l’Encyclopédie des nuisances).

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« Pour Zhuangzi, le langage ne peut rien nous dire sur la véritable nature des choses du fait que c’est lui qui pose non seulement les noms que nous donnons aux choses, mais dans le même temps ces choses elles-mêmes. En posant à la fois les « noms » et les « réalités », le langage n’est en fait qu’un découpage artificiel et arbitraire de la réalité, dont la vaine prétention à constituer sinon un moyen de connaissance, du moins une prise sur la réalité, éclate dans des affirmations du type « c’est cela » ou « ce n’est pas cela».  Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Seuil, p. 120.

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On voit maintenant pourquoi le mot presque n’a pas le même sens selon qu’il s’agit des totalités sans mystère ou des totalités infinies [...] Il en va bien autrement du presque-tout et du presque-rien des totalités ouvertes. Ici celui qui sait « presque tout » ne sait rien, et moins que rien, il n’en est même pas au commencement du commencement ! Ou plutôt, soyons justes ; ce presque-tout n’est pas rien-du-tout, n’est pas littéralement rien, mais il est, si vous voulez, comme rien, nihili instar ; de même que le fini s’annule auprès de l’infini, ainsi le savoir du presque-tout revient à zéro, tend vers zéro auprès de ce qu’il y aurait  encore à savoir.  Le Je-ne sais-quoi et le Presque-rien, t. 1, p. 54-5 Jankélévitch.

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Je sais le je-ne-sais-quoi par une science nesciente qui est prescience, une science moyenne ou dépareillée, toute semblable à la docta ignorantia de la théologie négative ; je sais ce que je ne sais pas et j’ignore ce que je pressens [...]»(ibid., p. 61-62)

Il a fait canicule, MétéOroscopie

« Un naïf missionnaire du moyen âge raconte même que, dans un de ses voyages à la recherche du Paradis terrestre, il atteignit l’horizon où le ciel et la Terre se touchent, et qu’il trouva un certain point où ils n’étaient pas soudés, où il passa en pliant les épaules sous le couvercle des cieux… »

Nouvelle lecture, celle de la météo. Avant le ciel matinal et le vent suffisaient à procurer une idée de la journée, le temps étant aussi ce qu’on en ferait sur le moment. Par hasard, puis indispensablement, lire les bulletins du temps, le passage à l’avance du ciel dans la journée, la plupart du temps cette avance oubliée, vérifiée au premier regard, parfois précisément, justement pas toujours quand on en aurait eu véritablement besoin, l’heure de l’orage en montagne par exemple, quoique les vents se jouent de nous. Nous attendions, nous nous étions précipités, la prévision allant de soi se réaliser, tôt ou tard dans la journée, à mesure que nous bougions, nous avions les yeux baissés au sol, le vieux regard natif embrumé attiré par la boue.

Ce faisant peu à peu il s’était replié sur la météo du temps qu’il avait fait, il y a trois ou quatre jours, il essayait de se rappeler encore, entre mémoire vive et archive – vice particulièrement déprimant, où le ciel présent enregistrait les soubresauts d’une machination mentale frappée peu ou prou d’obsolescence, où le futur assommant pesant devant, lui derrière, bascule à rebours; il aurait fallu alors se pencher sur un détail du ciel, en live, les nuages, forme durée rémanence, etc. afin de se loger bien à l’écart du temps, dans l’apaisement des conclusions à venir : mais il n’aimait pas tant s’occuper des détails qui sont, disait-il, tels des petites graines à picorer dans la mangeoire insatiable du rêve holistique. Le lac malgré était à sec.

Il était rare qu’il y ait plus de cinq jours consécutifs de soleil, nous étions d’un pays humide, très accueillants de ses rayons, l’invitant encore après notre mort à blanchir les bois sur lesquels pour l’heure nous grimpions. Était-ce parce que le ciel était bleu, puis blanchâtre, et gris, s’élevant, lent, puis bleu à nouveau ; le vrombissement d’une escadrille d’avions excitaient, faisaient grogner de peur et de joie pêle-mêle les cochons.

Il ramassa au pied du lit, main ballante, une double page du journal d’il y a trois jours et paresseusement trouva l’horoscope, le sien évidemment dont il suivit à la lettre, à l’instant même, le conseil de sortir « même sans avoir à faire » – justement. Lui dont l’œil glissait ordinairement sans les voir sur ces remugles d’éternité englués au quotidien le plus prosaïque, avait reçu la chance du débutant, un invisible bonnet d’âne, bon pour la pluie le soleil et la neige.

:-: 2

Il appelait du fond de son jardin les oiseaux les chiens les chats les compagnons de tous ordres à se rassembler quelque part, là où il n’allait pas, il traînerait trop, arriverait bien après la fin, tout aurait disparu: il eut fallu qu’ils soient déjà là, qu’ils arrivent à l’instant, qu’ils l’emmènent, mais… voulant perdre cette mauvaise habitude il n’eut aucun mal à laisser tomber le journal des spectacles. Les animaux n’étaient pas plus visibles pour autant. Parler est le propre de l’homme, se disait-il du fond de son jardin en appelant les poissons du bout de sa ligne.

connexion lente

:-:
j’avais oublié l’essence, depuis le temps qu’on me l’a dit je me le suis dit aussi — comme finalement il se faisait tard, j’allais abandonner l’engin comme les autres.
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« Tout se déroulait et s’écoulait au même rythme. Une brume légère, une espérance enveloppaient tout. La connaissance des hommes allait de soi. En un clin d’œil, chacun savait à peu près tout de l’autre, mais la vie intérieure restait un secret. L’âme se métamorphose sans cesse. [...] Je voulais parler à quelqu’un mais n’en trouvai pas le temps; je souhaitais avoir un repère solide, ne le découvris pas. Au beau milieu de l’incessante progression, j’avais envie de me tenir immobile. Le foisonnement et la rapidité étaient trop foisonnants et trop rapides. Chacun se dérobait à chacun. C’était comme un flux qui s’en allait comme s’il se dissipait, qui venait machinalement et disparaissait de même. Tout était irréel, moi aussi »
 Robert Walser, « La rue », Retour dans la neige, Genève, Zoé, 1999, p. 120.
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