au revers du néant

                                  …

Klaus Rinke. quand retourné en l'airLa Révélation irradie solitaire

Dans ce Temps qui t’a rejeté.

Seul ton Néant est l’expérience

qu’elle peut avoir de toi

                                 …

Gershom Scholem en juillet 1934, dans une lettre à W. Benjamin : (… ) « Avec un exemplaire du Procès de Kafka »

butin

Leonie Petit, Dance of Death, 19th century

“ il n’est aucun document de culture qui ne soit aussi document de barbarie. Et la même barbarie qui les affecte affecte tout aussi bien le processus de leur transmission de main en main ”  Walter Benjamin, Eduard Fuchs, le collectionneur et l’historien, Œuvres III, Folio Essais, 2000, p. 186.

histoires

Recoleta Argentina © Sylvia Plachy

Quand cédant enfin au sommeil, le réveil sonna. En tête, très chiffonnée, l’histoire à histoires de Scholem se tournait à nouveau d’un autre coté.

Histoire. Les vagues le vent, les dunes de sable à perte de vue. À chaque horizon franchi tu fais un pas, tu t’éloignes un peu plus, chaque nouvel horizon s’augmente, grandi des précédents. Pour le dire autrement tu n’avances plus, un lent compte à rebours interminable s’est déclenché.

Histoire. C’est maintenant il y a longtemps, ça pourrait être les pieds d’un homme, et un horizon flou venteux, une, deux et trois choses émergent, la pensée d’une forme, un récit, des choses, et d’autres encore qui leur ressemblent, très éloignées de ce qui fut, de ce qu’elles n’étaient pas, qui alors étaient entremêlées, complexes, à vrai dire totalement incompréhensibles. Maintenant c’est le récit, quelque soit l’angle par quoi on y entre ou d’où on sort, la suite ne fonctionne plus.

Histoire. Ici manque de bras à la jachère, ceux qui restent s’allongent couchés, au-dessus les branches s’élèvent, la forêt. La nature ayant horreur du vide, les hommes deviennent invisibles. Avec l’être invisible l’animal parle, dévoré.

and yet, and yet, un rideau de brouillard

Quand le Baal Shem avait une tâche difficile devant lui, il allait à certaine place dans les bois, allumait un feu et méditait en prière, et ce qu’il avait décidé d’accomplir fut fait. Quand, une génération plus tard, le « Maggid » de Meseritz se trouva en face de la même tâche, il alla à la même place dans les bois et dit : Nous ne pouvons plus allumer le feu, mais nous pouvons encore dire les prières – et ce qu’il désirait faire devint la réalité. De nouveau une génération plus tard, Rabbi Mosche Leib de sassov eut à accomplir cette même tâche. Et lui aussi alla dans les bois et dit : Nous ne pouvons plus allumer un feu et nous ne connaissons plus les méditations secrètes qui appartiennent à la prière, mais nous savons dans les bois où cela s’est passé, ce doit être suffisant ; et cela suffit. Mais quand une autre génération fut passée et que Rabbi Israël de Rishin, invité à accomplir la même tâche, s’assit sur son fauteuil doré dans son château, il dit : Nous ne pouvons plus allumer le feu, nous ne pouvons plus dire les prières, nous ne savons plus la place mais nous pouvons raconter l’histoire de comment cela s’est fait. Et encore une fois cela suffit.     Gershom Scholem, les grands courants de la mystique juive (1941), « petite Bibl. Payot » 2014, p 505-506.

© Sylvia Plachy

zone intermédiaire

Concentration où on s’abrutit, où le temps pour qu’il passe doit être allongé, repoussé en chaînes, en arrière. Au passage, des chiens tapis dans les coins, effrayés, secrète béance une et entière promise. Eau étale où l’esprit doit se porter et taire le moindre remous, se hisser à la vitesse du tsunami. À deux doigts de la noyade ne pas perdre de vue la borne pour s’y rejoindre, entendre l’alerte, l’hallucination qui l’éclaire. Revenir s’échouer sur la grève. Refaire surface du désordre des éclats, plonger les yeux dans l’ombre, tenir dans la zone intermédiaire tracée entre deux pressions, sur le mirage d’une ligne de flottaison. Nuages qui brassent le même premier jour.

Le livre de Lancelot du Lac and other Arthurian Romances, Northern France 13th century Beinecke Rare Book & Manuscript Library, MS 229, fol. 295r

horizon

Dès l’horizon atteint, la vue se volatilise. Ici-même la ligne d’horizon bascule. Un espace inépuisable et pourtant saturé, relié par des trous et des nuits blanches, un horizon infranchissable.

Daido Moriyama  森山大道

désir zombie (F. Lordon)

Un être qui s’habitue à tout, voilà, je pense, la meilleure définition qu’on puisse donner de l’homme.  Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Souvenirs de la maison des morts, Paris, Gallimard, 1977., p. 44.

Je transpirais abondamment. (Un temps.) Autrefois. (Un temps.) Plus maintenant. (Un temps.) Presque plus. (Un temps.) La chaleur a augmenté. (Un temps.) La transpiration diminué. (Un temps.) Ça que je trouve si merveilleux. (Un temps.) La façon dont l’homme s’adapte. (Un temps.) Aux conditions changeantes.   S. Beckett, Oh les beaux jours, Paris, Minuit, 1963, rééd. 2001., p 43

( lisez cet éloge de la gratuité, l’Antimanuel d’économie, de Bernard Marispdf)

nœud

Sur une vieille toile d’araignée les lettres tombent en poussière. Le vent y souffle vainement, la lumière du soleil y est terne. Dessous il y a l’autel du calme.

D’un manteau il enveloppe le silence, le prend et marche pour ralentir pensées. Les pensées ralentissent sa marche. Un défilement, des franges, un déferlement dans les deux sens s’équilibrant. Dormir. Le cercle se ferme en nœud après moults tours inutiles.

Daido Moriyama - Memory of a Dog 6

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