le dimanche d’après

hiver 1932

Voici les récits que racontent les Chiens quand le feu brule clair et que le vent souffle du nord. La famille alors fait cercle autour du feu. Les jeunes chiots écoutent sans mot dire. Et quand l’histoire est finie, ils posent maintes questions:

Qu’est-ce que l’homme ?

Qu’est-ce qu’une cité ?

Ou encore, qu’est ce que la guerre ?

Siodmak, RobertMenschen am Sonntag (People on Sunday, 1930)

plancher

Je l’ai rencontrée il y a longtemps, il en fut déjà ainsi au premier jour, l’espace pivotait s’accélérait, la béance du soleil, les ombres amies prodigues. Il y a combien d’années ? Depuis j’abrège mes jours, je disperse le temps de l’origine aux creux des lisières microscopiques, les ombres allongées occupent la nuit, j’ai mangé du temps, je mange le temps d’encore, je laisse les brumes brouter l’avenir, le dos tourné. Ce que j’ai lu entendu vu se confond, s’éloigne un peu plus, la passion laisse un goût de fane ou croupit quelque part, compagnie pâle du refuge, indifférente aux catastrophes, un sourire à rien, des portraits des odeurs de couloirs sans porte où traversent des veilleuses aux lueurs ternes ensommeillées.

Comme ça, à moitié, de temps en temps pour de vrai, jouer la comédie, la vraie enfin, entrée en scène, masqué, seconde peau, présence amante sous capuche transparente ; voir s’élever et prendre sol, en vis-à-vis le miroir de ses yeux, s’étonner encore, d’un seul regard la multitude des visages, plonger dans le décor, puis se coucher sans rien penser, comptant repassant les images, le ciel blanc délavé, écoutant le plancher craquer, bienheureux.

appeler le silence

La fuite entraîne tant de déconvenues que jamais tu n’y arriveras. Sans que tu l’aies voulu les choses s’approchent d’elles-mêmes et affamées te dépassent entraînant la venue d’autres à de plus grandes vitesses. Fermant les yeux, décidé à ne plus bouger d’un poil, tenter, folie, de rebrousser chemin : abimes, rien n’avait tenu.

J’écoutais gentiment les scripts endimanchés inventer les mots qui touchent au cœur et humanisent le programme ; aux coûts sociaux du contrôle devenus exorbitants répondra un changement par étape, lors d’une pause on accélère, c’est plus simple, on ne voit pas la différence.

Le désœuvrement donne ses leçons d’observation du temps qui passe. Laisse de coté l’invisible pour ne pas te distraire. Pas loin de rien, mettre à l’épreuve le silence. La vie est assez longue encore. Recommencer : reprends un peu d’indifférence d’hier, sans gloire et qui repose, mariée au gris du ciel la lumière de feuilles mortes.

s’entendre

On s’apprivoise à toute étrangeté par l’usage et le temps ; mais plus je me hante et me connais, plus ma difformité m’étonne, moins je m’entends en moi.  Montaigne, Essais, III, 11, p. 1029

lire en dormant

allongé le jour durant sous la couverture, entrepris lecture de « fonds perdus » (T. Pynchon) entrecoupée de micro-siestes, histoire embarquée lavée aux embruns du rêve, ciel immobile qui déborde un peu quand les yeux fermés se réveillent, arrêts ralentis, mon robot lecteur d’en face ne comprend pas encore, je m’élève dans son estime mais sa présence fait barrage, il est tard, il n’a pas de paupière et semble dormir, jour nuit s’entrelacent à la proue, les brumes où l’île s’enfonce.

%22Untitled (Hateruma-jima, Okinawa), de la série %22The Pencil of the Sun%22 (1971)

Rabbit In Your Headlights

lumière du zoo

Ferdinand Porsche (costard), A. Hitler, Robert Ley, chef du « Front du travail allemand »,  et les prétendants admirent le cadeau d'anniversaire d'Hitler pour son 50ème anniversaire: une Volkswagen convertible.

Des jouets dans la gueule de l’histoire. Ferdinand Porsche (costard), A. Hitler, Robert Ley (chef du « Front du travail allemand ») etc. admirent le cadeau d’anniversaire d’Hitler pour son 50ème: une Volkswagen décapotable.

Aux yeux offerts la cérémonie introduit dans l’image les acteurs de chaire et d’os époux modèles que la cérémonie célèbre. La main sur l’icône court sur notre cou. La grotte est mise à ciel ouvert. Les haines sont terrassées. Les meurtriers purifiés parlent dans la gueule des chiens. Ils sont heureux. Rédemption, clémence promises à tous. La décapotable est une mangeoire sous l’arbre de Noël.

L’adaptation des hommes aux rapports et aux processus sociaux, laquelle constitue l’histoire et sans laquelle il leur aurait été difficile de continuer à exister, s’est sédimentée en eux de telle sorte et à un point tel que la possibilité d’y échapper sans d’insupportables conflits pulsionnels, ne serait-ce qu’à l’intérieur de la conscience, se rétrécit comme une peau de chagrin. Triomphe de l’intégration, ils s’identifient jusque dans leurs comportements les plus intimes à ce qui leur arrive. En un pied de nez railleur à l’espoir de la philosophie, sujet et objet se trouvent réconciliés. Ce processus se nourrit du fait que les hommes doivent aussi leur vie à ce qui leur est infligé.

Theodor W. Adorno. Société: Intégration, Désintégration, Paris, Payot, 2011, p. 33

monter aux arbres

La défaite est un rôle qui lui a été donné et qu’il affectionne. S’éclipser, jouer à suivre les fantômes, avant de disparaître définitivement sans être vu (autant que possible derrière un sommet). Les miroirs sont de bons intercesseurs. C’est un rôle égoïste qui gâche et qui met beaucoup de choses de coté autour, mais de cela ne sait qu’à peine, c’est à dire rien, peut-être a t-il besoin à lui seul de cette place vide ? Il aimait beaucoup les livres les plus impossibles, regarder la lune, rêver d’un ticket pour mars, du ventre des robots, se précipiter au cheval sur la grande roue. Une fois revenu à lui, les constructions étaient inutiles, le rendaient inepte à ce monde mis à nu, futile et cruel, les constructions évanouies en marques inondées sur terrain vague dévasté. Plus il lisait, sans dépit car c’était sa tasse de thé, mieux il suivait, plus les fils se tendaient entre les siècles, plus il lisait tout en même temps, s’entortillant, se ruinant, plus le vertige le prenait, le repoussait. Pour calmer sa peur, il allait relire niché se balançant dans le recoin de la pièce : ce n’était qu’alors qu’il se rappelait, qu’il retenait, donnant des branches à sa mémoire. Il ne sait pas s’il a lu entendu ou vu que l’arbre c’était les branches, ne sait pas s’il rêve, les branches pour ainsi dire s’élevaient, soulevaient une robe autour du tronc.

il n'est plus l'heure

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