cillement du jour

Ronald Stoops

A l’époque où nous vivons, chaque lustre vaut un siècle ; la société meurt et se renouvelle tous les dix ans.   / Chateaubriand – J. P Clément, Réflexions et aphorismes. 1993. Ed. de Fallois

décollement & décollage

je sais bien mais quand même. la vérité dure, le savoir dur et véritable, et du croire-savoir au merdier du commerce, du café au journal des images qui tournent au-dessus du verre et au-dessus du comptoir, il n’y a qu’un pas entre chez toi le travail et la rue, miroir qui voyage ou s’abrite ou s’étale au trottoir

le temps passe si vite qu’on le regarde à peine, quelle raison aurait-on de le changer si on en tire les marrons, qui font des ombres de l’or, théâtre des subalternes remerciant de quoi faire et à pouvoir servir, parier sur un maître, en avoir, être de l’avenir, de l’heure d’y croire

pas de réparateur, la marque n’avons que celle-là, remplaçable mais pas réparable, sans réparation, pas regardable à part dans la vitrine toute neuve, tous les jours, plus belle fermée la nuit les lumières, c’est pour cela qu’elle marche, c’est cuit, on cherche nos billes dans les confettis des boucles de rétroaction, des trous refermés, jamais existés. croire savoir décollage décollement.

ou, ou, ou bien voir ailleurs

tati

On peut schématiquement envisager la vie en art en deux ou trois grandes étapes. Dans la première on trouve – ou on se pose – une grande question. Dans la deuxième on s’échine à y répondre. Et puis, si l’on vit assez longtemps, on atteint la troisième étape, où la grande question susnommée commence à vous ennuyer, et où il vous faut alors aller voir ailleurs. –J. M. Coetzee. Ici et maintenant. Paul Auster / J. M. Coetzee.  Correspondance (2008-2011) Acte sud.

La conscience subjective à qui la contradiction est insupportable, est confrontée à un choix désespéré. Ou bien elle doit styliser de façon harmonieuse le train du monde qui lui est contraire et, hétéronome, lui obéir contre une meilleure compréhension ; ou bien avec une fidélité opiniâtre envers sa propre détermination, elle doit se conduire comme s’il n’y avait pas de train du monde, et périr par son fait.  - Adorno, T. W., Dialectique négative, Payot p. 188

qu’un ours suffit à déjouer

Où est le paradis ? Tout proche, sans doute, et partout, mais hors de portée. Le paradis est le dehors pur : tout ce qui n’est pas nous, en tant qu’il n’est absolument pas nous, les hommes. […] Car nous sommes d’abord un dedans, une intériorité abusive. Isolés par une conscience qui se projette dans les choses et détermine un monde, une aire privilégiée où nous régnons, mais qui est celle de notre exil. […] Le paradis est fermé. En position intermédiaire entre la marionnette et le dieu, il ne nous reste qu’à poursuivre nos incertains pas de danse hors de la grâce, à nous enfermer dans nos machinations hasardeuses et brillantes qu’un ours suffit à déjouer. Nous n’avons pas vraiment de place au monde. – Roger Munier, avant-propos de Sur le théâtre de marionnettes, Paris, Éditions Traversière, 1981, p. 13-16

Sally Mann, Sempervirens ‘Stricta’, 1995. forme du paradis 09-39-10

d’une règle sans appui

Personne ne peut désirer ce qui, en fin de compte, lui porte préjudice. S’il semble que ce soit le cas – et cela semble presque toujours ainsi – pour l’homme pris isolément, cela s’explique par le fait que quelqu’un, dans cet homme, exige une chose qui sans doute est utile à ce quelqu’un, mais porte un grave préjudice à un deuxième quelqu’un, auquel on a recours pour juger le cas. Si l’homme n’avait pas attendu le jugement et s’était rangé d’emblée aux cotés du deuxième quelqu’un, le premier quelqu’un aurait cessé d’exister et avec lui l’exigence.  Kafka, oeuvres complètes III,  Pléiade Gal. p 464


Il y a deux adversaires : le premier le presse par-derrière depuis l’origine. Le deuxième l’empêche d’avancer. Il se bat avec les deux. À vrai dire le premier le soutient dans son combat avec le deuxième, car il veut le pousser en avant, et de même le deuxième le soutient contre le premier car il le refoule. Mais ce n’est ainsi qu’en théorie. Car il n’y a pas seulement que les deux adversaires, il y a encore lui-même, et qui connaît ses intentions en vérité ? Quoiqu’il en soit son rêve est de profiter d’un instant sans surveillance – il est vrai qu’il faut pour cela une nuit plus sombre qu’aucune ne fut jamais – pour se détacher du front, et en raison de son expérience de combattant, être érigé en arbitre dans le combat de ses adversaires entre eux.  Franz Kafka, Aphorismes, éd. Joseph K., 1994, p. 79. Trad. Guy Fillion

trous

Un message bizarre, un seul, inextricable, fait de deux bizarreries, dont l’effet de l’une s’ajoute à celle de l’autre, où de biscornus silences roulent leurs échos entrecoupés. Autant démêler une forêt de jambes, deux insectes en lutte à moitié morts, l’un est vivant l’autre peut-être pas. Finalement : un quiproquo, histoire d’oreille, de dispersion et d’absence, on devient bizarre.

Mario Giacomelli le mie marche-1970

plis

Bruce Davidson, Hiver à Paris, 1962. 21 février

Monter à l’assaut du temps, d’un temps que nous n’avons jamais eu, qui disparaît en lui-même, qui nous laisse sa peau, une surface toute entière, en sutures haut & bas, à laquelle en offrande livrons nos images construites en bric à brac, dans les plis du temps du souvenir, de quoi dire avoir arrêté le regard au jour que la brèche laissa glisser, avant de se décalquer par inactualité aux vrais souvenirs que la nuit enfonce.

rien à s’imaginer

Louis Marie-Auguste Boutanbien sûr on n’est pas celui qu’on croit être, les heures défilent tu roules le paysage plus vite encore. en fait tu ne bouges pas, l’image te ressemble, elle te fait peau, et si hélas elle t’y piège tu n’arrêtes pas pour autant le temps. centre en émulsion, chevalier rivalisant d’exploits les moulins te mènent par le bout du nez, tu finis par te voir de travers, ou tu n’as pas vu le virage, les moulins s’évanouissent. par quel bout reprendre, tu ne ressembles pas à ce que tu avais pu t’imaginer, il n’y a même rien à s’imaginer.

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