s’allier

Le journal (intime) engendre du continu et de l’infini. Par la porte dérobée repose un éclat de verre dépoli, la lumière est sans angle, le corps tournoyant. Le journal donne sa lecture au jour. Les lignes du journal s’écrivent sans lecteur, ne sont pas faites pour être lues, le blanc les devance. Le blanc est le premier lecteur. Le lecteur d’un journal suit pas à pas une ombre qui superposée à sa propre ombre la délimite, rendue vivante à la pleine nuit.

mettre les voiles, journal du blog

Kas, Turquie, 2011 : Claire Massey

Deux ans et demi d’écriture ici. Vient le temps, pressé par le départ en vacances, d’écrire à la volée ce mot au blog, de lui répondre, m’y arrêter. Vient le désir d’une écriture à partir d’un centre, un centre flottant, une étendue, un point d’excitation et d’attraction. D’orientation des fragments-girouettes qui, à trop laisser faire, se dispersent, se perdent de vue, me décomposent.

Double mouvement. Fluidifier : d’une écriture qui prend au corps et d’une écriture, celle qui donne la distance, qui « stabilise ». Double mouvement dont les termes se diluent.

Une île, un repère, un amer, de quoi larguer de temps à autres mes chimères, mes fantômes, un lieu fictif où planter des trous de lumière qui tiennent lieu de focale, de dissémination, un point qui accorde au retour, au voyage.

Déplier les fragments, les détacher de leur boucle, de leur forclusion. Rêver une forme longue, lambeaux plutôt que fragments. À voir si ce désir me tient. En ce cas je me ferais plus rare ici, ou autrement.

vivement les robots !

Qu’est ce que l’humanité ? question posée reposée, campagnes endiablées verbe image périodiquement contre pitance weekends entiers symposiums visite très fortement conseillée forums, séminaires etc., documenter jusqu’à pierre fendre ce qu’est l’humanité. Aller, simple-aller matin qui s’allonge chemins frayés entre troupes musiciennes et repli tard le soir dépité yeux levés dans l’ombre de lune, « c’est la vie ». Nous regardions quelque fois autour, le regard insistant sur un point dans le paysage, ailleurs.

Presque tous les animaux nous avaient quittés, il restait encore du temps à perdre, dans l’entre-deux nous nous tenions, explorer les terrains vagues pourquoi pas, confondre les scarabées et l’or, se pencher sur les flaques. Voit-on à quel point nous avions été aimés dans les yeux de nos chiens ?

Assaillis par notoires symptômes à s’accrocher à ce qui disparaît, à se débattre, mordre tout ce qui bouge encore, la masse de ceux qui n’en s’en relevaient pas, en grappes croulaient. Quelques uns rencontrés pliés crispés pendus au dessus des fossés, face coupée en deux par le gyrophare du service ambulatoire, emmenés loin, les bras injectés de produits d’action prolongée & effet retard, histoire à l’amiable de faire durer sauve qui peut. Pour que ceux qui vont et viennent la ronde des matins lèvent dans têtes sans encombre, sur le macadam resplendissant, se livrant vaillant à l’énième bras de fer au tout sourire fantôme-robot.

:2012:05:terry-dennet-and-jo-spence-excertfrom-industrialization

promesse

aurore polaire

malgré les nuages

c’est promis

les robots

auront toujours

notre beau sourire

seconde fois

Enfermé avec clef dans boîte sans serrure. Chercher sens de la vie, trouver la serrure. Histoire de se faire idée de la mort. J’ai ravalé ma bile, mon dernier souffle mes derniers mots demandèrent à mon ennemi qui j’étais, puisque j’avais, la tête décomposée, tout avoué. Je suis mort donc ne me souviens plus ce qu’il m’a dit, juste le sentiment de ne m’y être pas plus reconnu qu’au cours de toute ma vie, ou plutôt, seulement une chose quand même, j’ai reconnu très nettement celui qui allait mourir une seconde fois, il n’y avait pas de mot.

Unnamed Road 010 © Jungjin Lee.

intranquillité, lambeaux

Appris à vivre avec la crainte, à vivre ainsi, essayant entre deux alertes d’oublier, vivre d’oublier, s’y perdre dedans dehors, joindre les yeux au ciel, pas les mains, une guerre secrète, appris cet art que seuls les nés dans la crainte connaissent sans comprendre, art entré et appris aux heures creuses d’après-minuit, aux insomnies bordées de fétus de rêves, une partie de soi tapie silencieuse laissée comme alarme dans renfoncement, laissée derrière au plus loin, un art du lointain toujours là, prompt avant que, au dernier moment, fuir, un art perdu d’avance.

Pilgrim , Zanskar 1983, Richard Gere

l’été pleut

De la canicule de la veille l'air attiédi traîne 
alors que la pluie bat devant la fenêtre ouverte

tuer des phrases entières

tuer des phrases entières

Je suis un démolisseur d’histoires, je suis le démolisseur d’histoires type. Dans mes écrits, si une anecdote se dessine ou si seulement je vois de loin, derrière une colline de prose, apparaître le vague contour d’une histoire, je l’abats. De même les phrases, j’aurais envie de tuer des phrases entières dès que je vois qu’elles pourraient se former. (Trois jours, Paris, M. Nadeau, trad. J. De Meur, in Ténèbres. Textes, discours, entretien, 1986 p 63)

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