seconde fois

Enfermé avec clef dans boîte sans serrure. Chercher sens de la vie, trouver la serrure. Histoire de se faire idée de la mort. J’ai ravalé ma bile, mon dernier souffle mes derniers mots demandèrent à mon ennemi qui j’étais, puisque j’avais, la tête décomposée, tout avoué. Je suis mort donc ne me souviens plus ce qu’il m’a dit, juste le sentiment de ne m’y être pas plus reconnu qu’au cours de toute ma vie, ou plutôt, seulement une chose quand même, j’ai reconnu très nettement celui qui allait mourir une seconde fois, il n’y avait pas de mot.

Unnamed Road 010 © Jungjin Lee.

intranquillité, lambeaux

Appris à vivre avec la crainte, à vivre ainsi, essayant entre deux alertes d’oublier, vivre d’oublier, s’y perdre dedans dehors, joindre les yeux au ciel, pas les mains, une guerre secrète, appris cet art que seuls les nés dans la crainte connaissent sans comprendre, art entré et appris aux heures creuses d’après-minuit, aux insomnies bordées de fétus de rêves, une partie de soi tapie silencieuse laissée comme alarme dans renfoncement, laissée derrière au plus loin, un art du lointain toujours là, prompt avant que, au dernier moment, fuir, un art perdu d’avance.

Pilgrim , Zanskar 1983, Richard Gere

l’été pleut

De la canicule de la veille l'air attiédi traîne 
alors que la pluie bat devant la fenêtre ouverte

tuer des phrases entières

tuer des phrases entières

Je suis un démolisseur d’histoires, je suis le démolisseur d’histoires type. Dans mes écrits, si une anecdote se dessine ou si seulement je vois de loin, derrière une colline de prose, apparaître le vague contour d’une histoire, je l’abats. De même les phrases, j’aurais envie de tuer des phrases entières dès que je vois qu’elles pourraient se former. (Trois jours, Paris, M. Nadeau, trad. J. De Meur, in Ténèbres. Textes, discours, entretien, 1986 p 63)

délestage

Swayambhunath, Népal (singe sur chèvre) -  Pentti Sammallahti 1994

Un enchantement simple - Robert Doisneau

Tous les êtres, c’est ma conviction, portent en eux de façon rigoureusement égale le poids de l’humanité entière. Seule diffère la manière dont ils en viennent à bout — Thomas Bernhard

mandala sans tracé

Après l’orage le ciel s’ouvre à nouveau, l’horizon d’ici est vaste. De malmené devenir l’invité, minuscule et perdu. Le bleu du ciel s’irise, offert aux humeurs de la terre, à la nuit qui tournoie de l’autre coté, il s’étend, mêle le haut aux confins du paysage, en corps poudreux et lisses. Des formations en fins rideaux, fenêtres sur fenêtres, matières lumineuses indécises presque transparentes attirent d’autres lumières : un champ de profondeur où courent les reliefs, se jouant des distances, hauteur qui ne trouve pas son toit : règne de la diffraction, reflets et éléments multipliés, prémices et fins dansantes. L’idée tant de fois repoussée du monde n’existant après tout que par le seul regard me ressaisit encore, des pluies battantes renouvelées s’immobilisent dans le vertige au pied du refuge, dans le tranchant, inséparable du rêve.

Mario Giacomelli  - Série mer (1953-1963)

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Gros coup de pompe, soudain les sons arrivent avec léger décalage, arrivent par eux-mêmes, sans lien, une cassure sonore, ce bruit fait ce bruit, ce bruit se produit pour lui-même, je n’y suis plus, j’enregistre deux fois, le souvenir immédiat de l’action et son annulation par la vitesse de rémanence du bruit produit. Le bruit d’une porte qui claque, libérateur mais de quoi. Le son persiste à vivre sa propre vie, et revient par la même porte, inlassablement depuis des siècles, à peine voilé par notre corps troué qui jette l’éponge. Je tente une dernière fois, muet je rembobine le film de l’action, je remonte d’un passé lointain dont le fil s’est rompu, mon présent est rayé, je reviens à moi, la nuit dans les marais.

Par ici le soleil est plutôt de passage, depuis le 22 juin les jours passent comme une flèche. Moment idéal pour viser l’hiver au cœur de l’oubli.

pierres

Stefan Hoenerloh, Le contraste des jeux, 1996

Ce sont des pierres de montagne en bloc, en poudre, transportées jours et nuits, élevées suspendues balançant aux plans, aux fenêtres vue sur cour. Vie & Avenir découpés au-dessus des tunnels, surexposés au ciel. Des autoroutes s’allongent, chauds humides, des particules noires, des zones urbaines se mangent, des no man’s land de récupération pour lisière. Des paysages, des gens viennent et partent. Visage à la fenêtre, muet dans l’air, vitrines de nos esprits et le doux murmure de l’aigle sans ailes. Ouvrir au matin les fenêtres au ciel avant que les images et les objets ne l’épuisent. Les vagues sur le vide pénètrent sous la porte.

 Les culs-de-basse-fosse tanguaient de l’autre coté vers la mer. Des sirènes étouffaient leur rires derrière l’échos, le sable, les pierres leur grain sous la neige, leur oxygène d’eau, le ciel en leur éclat fendu, le vent endormi dans le repli des ombres. Par jour de grand froid et verglas, par poignées d’en haut tombaient des braises brûlantes. Avant de s’endormir la sentinelle balayait du regard la forêt où s’engouffrait la nuit. L’ennui rongeait la vieillesse de nos maîtres.

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