"temps de la vie"

toilettage de printemps nez DouglasCe n’est pas exprès, au départ était-ce sans doute pour s’accommoder au mieux du travail, donner du poids au rêve, la vie n’est pas si facile, pas toute intelligible, même si le bout du nez collé aux chiffres intangibles des affaires à faire. L’environnement, la communication, les rapports de toutes sortes devenus bruyants, rapides, imprévisibles, plus ou moins réussis, pressants, urgents. Pourtant on se demandait comment s’en passer, de l’invasion, du travail. On rêverait encore, et cette idée qui poursuit ; nous aimerions produire le silence. Comme le temps est appelé au secours pour comparaître, le couloir de la salle d’attente est bourré à craquer : là on a commencé à imposer le respect, c’est à peine si on osait encore respirer, on était en sueur, l’odeur épaisse, coupable.

prière prières

mont analogue

" Pour qu’une montagne puisse jouer le rôle du Mont analogue, il faut que son sommet soit inaccessible, mais sa base accessible aux être humains. Elle doit être unique et exister géographiquement. La porte de l’invisible doit être visible "

R. Daumal – Le Mont Analogue.

まあだだよ (Maadadayo) « je ne suis pas encore prêt »

Globe à l’ombre des rayons, sous de perpétuels bons auspices, l’océan perpétuel tourne tourne — objets sciences de nos soucis durs émargent de stables répliques, produisent les contrôles, les doutes éduquent les sages décisions, réparent les montres Dali, embaument le glissement des secondes dans un miroir de jade — anticipent le bonheur promis.

Vincent découvre d’Hiroschige, Hokusai et Reisei, que l’homme est une fleur, il aime partir, il est encore à Anvers, essaye tant bien que mal de faire le point, entre Jésus et La Sociale. Deux ans à Paris, la solide et raide fée absinthe par mansuétude l’en chasse. Des ponts, du Japon, Vincent s’est arrêté à Arles, s’empresse de prévenir Émile Bernard: « Comme j’ai promis de t’écrire, je vais commencer par te dire que cette région me paraît aussi belle que le Japon par la luminosité de l’air et le joyeux effet des couleurs ». Toujours très seul, un peu de Grèce dans la tête, pas de celle où les allemands se voient voler leurs vacances par les dits "clandestins" déportés aux clubs Méd’.

«Faut-il dire la vérité et y ajouter que les zouaves, les bordels, les adorables petites arlésiennes qui s’en vont faire leur première communion, le prêtre en surplis qui ressemble à un rhinocéros dangereux, les buveurs d’absinthe, me paraissent aussi des êtres d’un autre monde. C’est pas pour dire que je me sentirais chez moi dans un monde artistique mais c’est pour dire que j’aime mieux me blaguer que de me sentir seul. Et il me semble que je me sentirais triste si je ne prenais pas toutes choses par le côté blague. » (Lettre 588 à Theo, 21 ou 22 mars 1888).

« J’aurai terriblement besoin du père Pangloss lorsqu’il va naturellement m’arriver de redevenir amoureux. L’alcool et le tabac ont enfin cela de bon ou de mauvais – c’est un peu relatif cela – que ce sont des anti aphrodisiaques faudrait-il nommer cela je crois- Pas toujours méprisables dans l’exercice des beaux arts. Enfin là sera l’épreuve où il faudra ne pas oublier de blaguer tout à fait. Car la vertu et la sobriété, je ne le crains que trop, me mènerait encore dans ces parages-là où d’habitude je perds très vite complètement la boussole et où cette fois-ci je dois essayer d’avoir moins de passion et plus de bonhomie. » (Lettre 768 à Theo, 3 mai 1889)

semblant d’horizontale

Terrasse ô garde-fou, le vent divin prospère, l’oubli du futur souffle sur les décombres, l’horizon est clair, la nuit dense, lointaine. Exposé à la vue de tous et comme pas là, tu balayes où un jour tu t’étais mis en tête un jardin zen qu’il n’y a que toi qui vois –à part un bouddha que l’ail d’ours et les orties enfouissent en même temps qu’un buste en terre cuite, dont le volume est tel un véritable nain, de jardin d’elfe barbu de toute sa barbe, dégagé d’une décharge il y a un bail – quelques planches défoncées au coin du portique.

Tailler à ras des bambous et jusque sous le toit des rosiers que le gel tardif a vaincu, trancher le lierre qui perce la façade, rafistoler encadrer de planches le paravent qui allait s’effondrer, refaire un semblant de montant horizontal, voilà à quoi je m’emploie.

occupé par un papier

Encore ce rêve où rien n’indique où j’habite, la langue est étrangère, comme une lettre sans usage dans la chaîne des mots, un panneau qui ne tient plus. Quand je sors pour reconnaître l’alentour, je reçois le secours de quelques vieillards qui m’envoient d’une main tendue ici et là à des endroits même opposés, quand j’aperçois tant bien que mal la façade blanche de chez moi. Je cherche dans des tiroirs vides un papier je ne sais pas lequel pariant qu’il permettrait de me rendre à n’importe quel autre coin, d’emprunter autant de transports possibles, et pouvoir d’évidence rentrer quand je le décide.

Il se peut qu’avant la route était bleue, les compteurs jaunes et bleus, la radio annonçait beau temps, la voix nasillarde mariée au vent à la poussière, aux oreilles derrière le foulard, au réjouissement d’aller au devant du temps, de rire des oiseaux affolés à notre approche, de tenir l’équilibre le plus vite possible les yeux tournés aux feuilles volantes derrière la roue des vélos.

On peut imaginer à la porte une hôtesse toute en jaune qui vous gratifie d’un accueil de velours, tu te retournes — tout ça est plus qu’improbable : mieux donc : un moulin d’eau où lors d’un discret banquet de séminaristes, sourire aux lèvres, toute en jaune, l’hôtesse vous reconnaît, vous tend un toast au canard laqué. Que fais-tu là ? sans importance, par contre à elle le lui demande. Il se pourrait encore qu’il soit là en fin de matinée à l’heure de l’apéro ; le préposé au relevé du compteur taperait un carton avec un représentant de cravates. Ou encore une panne d’essence, ou un truc KKK dans l’odeur de pisse. Ça se passerait peut-être sur une île, ou sur la butte d’une ville prospère. L’odeur de peinture fraîche et d’essence ; derrière la porte quelqu’un dirait c’est tout c’est terminé.

se remettre de tout

« Bonne nuit, dis-je, ou plutôt adieu. À qui, ou bien à quoi disais-je adieu ?
Je ne savais trop, mais c’était ce que j’avais envie de dire à haute voix.
Adieu et bonne nuit à tous »

Antonio Tabucchi Une hallucination (Requiem. Uma Alucinação, 1991 ; trad. Isabelle Pereira, Bourgois, 1993)

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