bivouac

"La phrase du récit et la phrase de la vie quotidienne ont toutes deux pour rôle un paradoxe. Parler sans mots, se faire entendre sans rien dire, réduire la lourdeur des choses à l’agilité des signes, la matérialité des signes au mouvement de leur signification, c’est cet idéal d’une communication pure qu’il y a au fond du bavardage universel, de cette manière de parler si prodigieuse où, les gens parlent sans savoir ce qu’ils disent et comprenant ce qu’ils n’écoutent pas, les mots, dans leur emploi anonyme, ne sont plus que des fantômes, des absences de mots et font régner, par cela même, au milieu du bruit le plus étourdissant, un silence qui est vraisemblablement le seul dans lequel l’homme puisse reposer, tant qu’il vit".  Maurice Blanchot, La part du feu

 

 Calendrier, hier, passé de 4 jours, c’était passage, pérégrination, du solstice d’hiver, durée 7 h 52 mn et 38 secondes (- le surlendemain ce fut noël, le temps de préparer le feu, livrer le coeur du gel aux nuages). Deux réjouissances, précéder une fin alors qu’on en voit que la pointe, se réjouir à l’arrivée du long solstice solaire de 15 h 27mn et 31 secondes, chaque jour à l’équilibre avec son symétrique endormi. Le ciel est encore embrumé, embrouillage à l’image de ce mot bâclé. L’esprit mange des agendas et les remous cosmiques te désaxe entre équinoxe et Solstice.

Date et heure (UTC) des solstices et des équinoxes au début du nouveau siècle
Année Équinoxe
de mars
Solstice
de juin
Équinoxe
de sept.
Solstice
de déc.
jour heure jour heure jour heure jour heure
2011 20 23:20 21 17:16 23 09:04 22 05:30
2012 20 05:14 20 23:08 22 14:48 21 11:11

Sans doute dégâts de l’âge me refilant un bonnet new-age Herzog – A Space Race of the HeartAtlas Sound – Diorama RenderedL’ardeur du moi (verzückung) versatile partie sans au revoir, bien entendu laisse la paresse, la fatigue, l’irritation — nuits trop courtes.  Je découpe, découpe, colle, tempscontraires pas faciles, un peu de rêves à se raccrocher, s’ils n’étaient pas déjà nombreux sur la liste des courses, Cage, Reich, & Morton Feldman encore ailleurs, bientôt, le sac en est un peu plein. N’est-il pas curieux que le "Cut-Ups" produise une telle litanie William S. Burroughs Dreams ?

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SE TORTURER L’ESPRIT Tchouang-tseu, L’oeuvre complète, XV

"Qui se torture l’esprit pour sublimer sa conduite, s’écarte du monde et a des habitudes excentriques, se fait une haute opinion de lui-même et dénigre les autres, celui-là n’a que de l’orgueil. Il n’est qu’ermite des monts et des vallées, homme qui condamne le monde. Tel est l’idéal de ceux qui aspirent à se dessécher par ascèse et à se jeter dans le gouffre.

Qui discourt sur la bonté et la justice, la fidélité et la bonne foi, la politesse et la frugalité, l’effacement et le renoncement, celui-là ne recherche que la perfection morale. Tel est l’idéal de ceux qui veulent assurer la paix du monde et améliorer les hommes en leur faisant la leçon soit en voyageant, soit en lieu fixe.

Qui se propose une haute entreprise pour acquérir un grand nom, fixe les rites entre les souverains et ses sujets, normalise les rapports entre les supérieurs et leurs subordonnés, celui-là ne veut que gouverner les hommes. Tel est l’idéal des gens de cour, qui veulent honorer l’autorité de leur prince et renforcer leur principauté, accomplir des exploits et annexer les autres pays au leur.

Qui hante les étangs ou les lacs et se plaît dans la solitude en recherchant un coin tranquille pour pêcher à la ligne, celui-là n’a pour objet que de ne rien faire. Tel est l’idéal des gens des fleuves et de la mer, qui fuient le monde et trouvent leur bonheur dans l’oisiveté.

Qui expire et aspire en soufflant fort et en soufflant faible, qui crache l’air vicié et absorbe l’air frais, qui se suspend comme l’ours et s’étire comme l’oiseau, celui-là ne recherche que la longévité. Tel est l’idéal de ceux qui veulent nourrir leur corps en l’étendant et le contractant. P’eng-tsou en fournit le meilleur exemple.

Qui a une conduite sublime sans se torturer l’esprit, qui se perfectionne sans s’attacher à la bonté et à la justice, qui se tient dans l’oisiveté sans vivre au bord des fleuves et de la mer, qui atteint un grand âge sans étendre et contracter son corps, celui-là oublie tout et possède tout. Il est paisible et immense. Il réunit en lui toutes les perfections du monde. C’est en lui que réside la voie de l’univers et la vertu du saint."

Extrait de : "Philosophes Taoïstes" Traduit du chinois par Liou Kia-hway.(Bibliothèque de la Pléiade).

Oiseaux & Zeppelin

Coincé dans l’embouteillage fin d’après-midi nuit tombante – et perpendiculaire l’interminable vague en V dense au-dessus, des passereaux ou des fauvettes migrateurs, suivaient les méandres du fleuve. On m’a dit qu’aujourd’hui ou demain les jours rallongent, déjà. Cherchant quelque Extrait de "L’Apocalypse de la modernité" de Emilio Gentile, ces quelques feuilles de "Blackbird Slow Motion " Shift" me sont tombées dessus. Fioretti, comment de nos yeux ainsi, d’aller et venir à venir nos oiseaux se verraient-ils? François d’Assise aux anges du palmier, ou vent des feuilles aux oreilles, par les persiennes, vitesse prise libre d’arriver où il veut, quand ne le sachant.

« [L]e vol des oiseaux, des ailes de feutrine, des cris, la mer là-bas au loin, Mussulo, les cocotiers, nous descendions à la plage, mes parents et moi, mon père en costume crème et panama crème, ma mère sous une ombrelle rose, moi en chapeau de paille qui s’attachait sous le menton, nous apportions le déjeuner dans un panier recouvert d’une serviette qu’on étendait sur le sable avec les gamelles dessus, une bouteille de jus de fruits pour ma mère et mo i, une bouteille de vin pour mon père, ma mère n’ôtait jamais ses gants ni ses chaussures, assise sur un petit banc elle chassait de son éventail les bouffées de chaleur que mon père chassait avec son journal, les oiseaux au-dessus de nous étaient les mêmes qui planaient au-dessus des fosses de Corimba, les mêmes ailes poussiéreuses, mais je n’avais pas peur car il faisait jour, les soldats, sauf celui aux bottines vernies, n’allaient pas m’enlever ni m’emporter avec eux ni me faire du mal, il n’y avait pas une seule chambre obscure dans la maison de Malanje, ils ont levé leur mitraillette, braqué sur moi le cran de mire, disparu derrière leur arme, cette façon qu’ont eu leurs muscles de se raidir, cette façon qu’a eu leur bouche de se fermer et moi en train de trotter dans le sable vers mes parents, mon chapeau de paille glissant sur ma nuque, heureuse, sans plus avoir besoin de leur demander s’ils m’aimaient. »

La splendeur du Portugal, Antonio Lobo Antunes Christian Bourgois, p. 528-529

Canal de comment va le monde, d’aliénations ou d’habitudes telles, comme ici, le rideau est tendu, le passé défile, s’amplifie, vrille, rien a changé, canots de sauvetage rares et lourds, buvant la tasse sauve qui peut mon trésor le paquebot sombre. Un reste de soupe? opéra-vidéo  Steve Reich et Beryl Korot,  «Trois contes"

sur rien et sur quelque chose

Cage: « Discours sur rien » (Lecture on Nothing) : « Ce dont nous avons besoin, c’est du silence; mais ce dont a besoin le silence, c’est que je continue à parler. [......] Mais maintenant il y a des silences et les mots aident à les faire exister. [......] Nous n’avons pas à craindre ces silences, – nous pouvons les aimer. »

Cage: « Discours sur quelque chose » (Lecture on Something): « [S]i l’on conserve l’entière possession de rien (ce qu’on a appelé pauvreté d’esprit), alors il n’y a pas de limite à ce dont on peut jouir librement. Dans cette libre jouissance il n’y a pas de possession des choses. Il y a seulement jouissance. Ce qu’on possède n’est rien. C’est ce qu’on entend quand on dit: Non-continuité. Ni sons. Ni harmonie. Ni mélodie. Ni contrepoint. Ni rythme. C’est-à-dire qu’il n’y a pas une des quelques choses qui ne soit pas acceptable. »

John Cage, on silence; “When i hear what we call music, it seems to me that someone is talking. And talking about his feelings or about his ideas, of relationships. But when I hear traffic, the sound of traffic here on sixth avenue for instance, I don’t have the feeling that anyone is talking, I have the feeling that a sound is acting, and I love the activity of sound. What it does, is it gets louder and quieter, and it gets higher and lower. And it gets longer and shorter. I’m completely satisfied with that, I don’t need sound to talk to me."

"We don’t see much difference between time and space, we don’t know where one begins and the other stops. (…) People expect listening to be more than listening. And sometimes they speak of inner listening, or the meaning of sound. When I talk about music, it finally comes to peoples minds that I’m talking about sound that doesn’t mean anything. That is not inner, but is just outer. And they say, these people who finally understand that say, you mean it’s just sounds? To mean that for something to just be a sound is to be useless. Whereas I love sounds, just as they are, and I have no need for them to be anything more. I don’t want sound to be psychological. I don’t want a sound to pretend that it’s a bucket, or that it’s a president, or that it’s in love with another sound. I just want it to be a sound. And I’m not so stupid either. There was a german philosopher who is very well known, his name was Emmanuel Kant, and he said there are two things that don’t have to mean anything, one is music and the other is laughter. Don’t have to mean anything that is, in order to give us deep pleasure. The sound experience which i prefer to all others, is the experience of silence. And this silence, almost anywhere in the world today, is traffic. If you listen to Beetho–ven, it’s always the same, but if you listen to traffic, it’s always different."

Dream 

«Si dans le langage extériorisé la pensée s’incarne dans la parole, la parole disparaît dans le langage intérieur, donnant naissance à la pensée.»  Lev Vygotstki

 

:-:

pomme d’arrosoir

vitamines

    CIORAN UNE ANTHOLOGIE   De l’inconvénient d’être né /

    Syllogismes de l’amertume / La chute dans le temps (extrait).

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   L’AUTRE MOI-MÊME,  Conférence avec Antonio R. DAMASIO (vidéo, 1h55)

hibernation temporaire

où je vais tout ça? laisser passer, voir où, les contours sont flous, le rêve va manger

 pause ,

G. Perec (sonar de rescousse pour temps de tempête)

Un homme qui dort    (1974- Perec)

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"Approches de quoi?" prologue à « L’Infra-ordinaire »

Ce qui nous parle, me semble-t-il, c’est toujours l’événement, l’insolite, l’extra-ordinaire : cinq colonnes à la une, grosses manchettes. Les trains ne se mettent à exister que lorsqu’ils déraillent, et plus il y a de voyageurs morts, plus les trains existent; les avions n’accèdent à l’existence que lorsqu’ils sont détournés; les voitures ont pour unique destin de percuter les platanes: cinquante-deux week-ends par an, cinquante-deux bilans: tant de morts et tant mieux pour l’information si les chiffres ne cessent d’augmenter ! Il faut qu’il y ait derrière l’événement un scandale, une fissure, un danger, comme si la vie ne devait se révéler qu’à travers le spectaculaire, comme si le parlant, le significatif était toujours anormal: cataclysmes naturels ou bouleversements historiques, conflits sociaux, scandales politiques…

Dans notre précipitation à mesurer l’historique, le significatif, le révélateur, ne laissons pas de côté l’essentiel: le véritablement intolérable, le vraiment inadmissible: le scandale, ce n’est pas le grisou, c’est le travail dans les mines. Les " malaises sociaux " ne sont pas " préoccupants " en période de grève, ils sont intolérables vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an.

Les raz-de-marée, les éruptions volcaniques, les tours qui s’écroulent, les incendies de forêts, les tunnels qui s’effondrent, Publicis qui brûle et Aranda qui parle! Horrible ! Terrible ! Monstrueux ! Scandaleux ! Mais où est le scandale ? Le vrai scandale ? Le journal nous a-t-il dit autre chose que: soyez rassurés, vous voyez bien que la vie existe, avec ses hauts et ses bas, vous voyez bien qu’il se passe des choses.

Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m’ennuient, ils ne m’apprennent rien; ce qu’ils racontent ne me concerne pas, ne m’interroge pas et ne répond pas davantage aux questions que je pose ou que je voudrais poser.

Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, I’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, I’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ?

Interroger l’habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l’interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s’il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s’il n’était porteur d’aucune information. Ce n’est même plus du conditionnement, c’est de l’anesthésie. Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves. Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ?

Comment parler de ces " choses communes ", comment les traquer plutôt, comment les débusquer, ies arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.

Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie: celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique.

Interroger ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l’origine. Retrouver quelque chose de l’étonnement que pouvaient éprouver Jules Verne ou ses lecteurs en face d’un appareil capable de reproduire et de transporter les sons. Car il a existé, cet étonnement, et des milliers d’autres, et ce sont eux qui nous ont modelés.

Ce qu’il s’agit d’interroger, c’est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé à jamais de nous étonner. Nous vivons, certes, nous respirons, certes; nous marchons, nous ouvrons des portes, nous descendons des escaliers, nous nous asseyons à une table pour manger, nous nous couchons dans un lit pour dormir. Comment ? Où ? Quand ? Pourquoi ?

Décrivez votre rue. Décrivez-en une autre. Comparez.

Faites l’inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l’usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez.

Questionnez vos petites cuillers.

Qu’y a-t-il sous votre papier peint ?

Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ?

Pourquoi ne trouve-t-on pas de cigarettes dans les épiceries ? Pourquoi pas ?

Il m’importe peu que ces questions soient, ici, fragmentaires, à peine indicatives d’une méthode, tout au plus d’un projet. Il m’importe beaucoup qu’elles semblent triviales et futiles: c’est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d’autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité.

Georges et Micheline

Georges ; Nu — 18 x 27 cm — Juillet 1980

Micheline

Aquarelle et pastel — 16 x 24 cm — 1992

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